Écrit par Culture Athle   
Catégorie : Athletisme
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On estime en France que près de huit millions de personnes courent régulièrement, à un rythme d'au moins une fois par semaine. La course à pied en train de devenir un phénomène de société, et parfois une énigme pour les non-coureurs. Qu'est ce qui fait courir tout ce monde ? A quoi pense un coureur lors de ses entraînements ou en course ?

Lorsqu'un non-coureur interroge un coureur avec la fameuse question existentielle "pourquoi tu cours ?", certains sont tentés d'apporter une réponse très cartésienne, par exemple "pour être en forme", "pour perdre du poids", "pour me fixer des objectifs", d'autres expliqueront "pour m'évader", "pour déstresser", "pour les sensations de vitesse", et parfois "pour la compétition"...

 

Oui mais alors, pourquoi la course à pied et pas un autre sport ? Et si on ne savait pas vraiment ce qui nous fait courir ? Dans son livre "Courir, méditations physiques", Guillaume le Blanc interprète que "parfois la frivolité est à son comble : on court et c'est sans raison : simplement pour se sentir vivant, relié au monde, aux paysages que l'on traverse, à la nuit qui tombe, au froid que l'on sent sur la peau, à la sueur qui inonde les yeux et brûle, à la fatigue qui s'incruste dans le corps. Pourquoi fait-on cela ? On ne saurait vraiment dire : la course est sans pourquoi."

Sans pourquoi, c'est possible, on pourrait aussi le voir ainsi : la course à pied est une façon de voyager. En courant, on se sent comme transporté ailleurs, un peu coupé du monde extérieur, pendant trente minutes, une heure, voire des heures. Une parenthèse appréciable dans une existence de plus en plus pressée, bien que paradoxalement l'objectif d'un coureur est aussi de se presser, accélérer, pour progresser.

 

Courir est un révélateur, il permet au joggeur de :
Se souvenir, des lieux où il a couru, des paysages de montagne, bords de mer, villes, aux couchers de soleil.
Découvrir, des lieux encore inconnus, comme dans notre rubrique "Courir à..."
Redécouvrir, des lieux habituels puisque chaque sortie apporte son lot de surprises et découvertes.
Se découvrir. Plus que des lieux, la course à pied permet - et c'est sa grande force - d'explorer son propre corps, en repoussant ses limites et en allant chercher des pensées enfouies au plus profond de soi-même.

Un coureur, qu'il soit seul ou en groupe, pense beaucoup, à voix haute ou à voix basse. Sur un footing, bien souvent les idées se bousculent dans sa tête. Parfois viennent en même temps toutes ses pensées, abstraites ou concrètes, comme si le réchauffement de sa température corporelle portaient ses neurones à ébullition !

Le coureur se sent alors d'une inspiration nouvelle, portée par la liberté de ses légères foulées. Ses pensées peuvent être loufoques, insensées, peu importe elles ne sont pas couchées sur papier et s'il arrive à s'en souvenir jusqu'à la douche, il est rare que ses idées lui survivent. La douche remet le corps à neuf, le coureur peut reprendre ses occupations habituelles, et les pensées les plus sublimes disparaissent avec elles.

En fait, le coureur invente des idées dont il a besoin pour tenir la distance, peupler sa solitude ou discuter en meute. Ces idées permettent de tenir la distance, mais peuvent aussi être utiles et la course à pied devient un catalyseur, et les idées fusent. Certaines pensées seront éphémères, d'autres seront le début de grandes décisions dans la vie de l'homme-coureur.

Pour les compétiteurs, lors d'une course ou lorsque l'effort s'intensifie, ils préfèreront faire le vide ou se concentrer sur l'objectif, la technique ou le chronomètre, jusqu'à parfois scruter de manière frénétique cardio, montre GPS ou références chronométriques.

Un coureur en quête de haute performance ou le coureur accro éprouve un besoin d'aller s'entraîner, encore et toujours, pour optimiser son potentiel et ne pas culpabiliser, afin de prouver à lui même et aux autres qu'il sera prêt le jour J. Peu importe que sa passion soit chronophage, le prive parfois de sorties, nécessite du sommeil, l'empêche de manger n'importe quoi, il se lance à corps perdu dans la course à pied !

Il n'est satisfait que lorsqu'il a été au bout de lui même, jusqu'à parfois agoniser sur le sol à l'arrivée, vomir, et souffrir le martyr. Souffrir est un choix que le coureur décide. Personne ne l'y oblige. Et c'est pour ça qu'il y prend un malin plaisir. 

Le coureur court bien entendu pour se faire plaisir, mais pas seulement car il court autant quand il a mal que lorsqu'il se sent bien. N'allez pas dire à un coureur qu'il est raisonnable d'attendre de meilleurs conditions météorologiques ou qu'il soit lui-même en meilleures conditions physiques.

Car n'oubliez pas, quoi qu'il en soit le coureur est libre. Libre de courir. Libre de ne pas aller courir. Libre de prendre tel chemin. Libre de se perdre en route. Libre de suivre un autre coureur. Libre de continuer sa sortie pedestre. Libre de s'arrêter. Libre de méditer sur sa pratique de la course à pied.

Bref, on a tous une bonne raison de courir.