Mondiaux de Londres, Interview de Daniel Arcuset, chef de délégation

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Écrit par Ivan Moreau   
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Bonjour Daniel, tu étais chef de délégation lors des derniers championnats du monde à Londres. Merci de nous accorder cette interview et tout d'abord quel est ton bilan général et personnel de ces championnats du monde ?
Très bon bilan !
Avec néanmoins une prudence d'annonce initiale en conférence de presse Président-DTN en ouverture des championnats mais l'affirmation aussi que nos ambitions de réussir ces championnats était totale ainsi que la motivation des athlètes, car nous avions la réelle conviction qu'il y avait du potentiel pour chacun des athlètes de cette belle équipe de France.

Oui, on a pu reprocher au DTN de ne pas avoir fait d'annonce chiffrée du nombre de médailles escomptées. N'aurait il pas été mieux de le faire au vu de ces bons résultats finalement ?
Non, car sur ces championnats nous ne voulions pas "focaliser " sur les seuls médaillables ou potentiels finalistes en oubliant ainsi les autres pour qui l'enjeu était tout aussi important dans la perspective 2020/2024 pour l'Equipe de France.
Nous avons ainsi pu avoir confirmation de ce potentiel après ces 5 médailles qui auraient pu être plus nombreuses encore (quatre 4e places par exemple !) et également douze finalistes dont 3 relais sur 4 (et le 4x100 Femmes 9ème à 1/100 !) ainsi que de nombreux demi-finalistes (ou présents au second tour)

Et concernant la délégation en général, les hommes et les femmes la composant ?
Nous avons eu une délégation sereine, concentrée vers l'objectif et solidaire de la réussite de tous, chacun bien dans ses missions et fonctions.
Nous appréhendions bien sûr un peu cette première grande compétition Mondiale également en cette  première année du mandat, tant en raison du retard dans la préparation de certains de nos athlètes que parce qu'on se savait un petit peu « attendus ».
Aussi au final cela a été une pleine satisfaction pour le collectif d'avoir su préparer et gérer cela avec un esprit conquérant… dans le prolongement de la magnifique 3ème place acquise de haute lutte lors Championnats d'Europe par équipes en Juin à Lille.

Quel a été pour toi le meilleur moment de ces championnats ? La victoire de Pierre Ambroise Bosse peut être ?
Je ne saurais dire tellement il y en a eu chaque jour. Mais effectivement ce mardi 8 août a été d'une rare émotion avec l'ouverture du compteur de médailles, après des premiers jours moins favorables : donc oui la victoire magistrale de PAB et la belle 3ème place arrachée de Renaud Lavillenie auront été un moment privilégié.
Puis ensuite vinrent bien sûr les autres médailles également (Mélina Robert Michon, Kevin Mayer et Yohan Diniz) ainsi que chaque athlète entrant en 1/2 finale, en finale, accédant au podium, ou encore se livrant totalement pour passer un tour. Tout cela nous aura apporté son lot de réjouissance et de satisfaction.

A l'inverse quel aura été le moins bon moment pour toi ?
Pas de mauvais moments en particulier. Une chance.
Même lors de la mise en quarantaine de certains athlètes dont un de la délégation française qui présentait quelques symptômes de troubles gastriques.
Mais de gros stress ou de moments d'angoisses oui, comme avec le concours de Perche de Renaud Lavillenie ou encore celui de Kevin Mayer.
Mais quel bonheur et explosion de joie après ces barres franchies !
Quelques moments de frustration aussi bien sûr pour les quatre 4ème places de Darien Garfield, Mahiedine Mekhissi, Quentin Bigot et le 4*400 féminin, ou encore les 9 ème places du 4x100 Féminin et de Christophe Lemaitre, la chute de Yoann Kowal qui aurait pu jouer un réel rôle en finale, ou encore la 13ème place de notre discobole Lolassonn Djouhan... Mais tout cela laisse plein d'espoirs pour les futurs grands championnats !

Dans le même ordre d'idée, l'oubli de son passeport par Pierre Ambroise Bosse ? Gros stress aussi pour le chef de délégation ?
Non pas spécialement. Ces sujets sont récurrents en équipe de France (oubli, perte) et les bons comportements de gestion en urgence ou d'anticipation parmi les membres de l'encadrement pallient à ces soucis, le plus souvent expérience aidant.

Toujours en ta qualité de chef de délégation, la gestion du staff a-t-elle pu être difficile parfois ?
Il n'y a pas eu lieu à gestion du staff et cela doit être ainsi.

Ah bon, pourquoi ?
La satisfaction a été que tout le monde se soit donné comme il le fallait dans le travail qui était le sien et dans des fonctions parfaitement maîtrisées.
Chacun a été indispensable à la réussite collective de ces championnats.
DTN, DTN Adjoint, staff référents de spécialités, staff Entraîneurs, staff Médical. On pourrait, devrait tous les citer mais en particulier Geraldine Zimmerman (Vie de l'Equipe de France), Medhi Baala (Directeur Performance), Jean Sébastien Ménigoz (Manager logistique), Cécile Veyrier (Coordination Coachs Perso), Adian Verdugo (Attaché de Presse), Souad Rochdi (Directrice Com' et Marketing) auront fait un travail remarquable au détriment de leur nombre d'heures de sommeil.
De la même manière, les élus du Comité Directeur FFA, Anne Tournier Lasserve (2ème Chef de Délégation), Jean Thomas Trésorier, Jean Yves Le Priellec Délégué Technique et moi même aurons eu le bonheur d'être pleinement dans notre rôle et de le tenir au sein de cette délégation.

Quelle est la mission et action d'un chef de délégation dans ces conditions ?
Multiple mais en premier lieu, avoir toutes les infos, savoir tout ce qui se passe, tout ce qui est mis en oeuvre au quotidien par les personnes en charge, ainsi qu'être disponible, savoir être à l'écoute, encourager, réconforter, et conseiller, sans empiéter sur d'autres prérogatives. C'est aussi rappeler ou attirer l'attention sur certaines informations, c'est le quotidien d'un chef de délégation. Dans cette logique de disponibilité totale avoir deux chefs de délégation qui se complètent est aussi un atout indéniable pour ce type de grand championnat, car sa principale fonction est bien sûr de pouvoir faire face si besoin à tout dysfonctionnement éventuel.
Enfin le protocolaire est aussi une préoccupation constante du chef de délégation. Il est le représentant de la FFA et de son Président auprès des autres chefs de délégations, des instances du Comité Olympique et de l'IAAF, mais aussi auprès des partenaires FFA présents et si besoin des services locaux (Police-Staff de l'Hotel de résidence comme cette année), et ce, à tout moment.

Quelques réceptions aussi ?
Oui des réceptions diverses comme celles avec le grand patron d'Asics cette année (voir photo) font parties aussi des obligations de présence ou de participation du chef de délégation. Au final c'est près de 18h sur 24,  tournées vers l'objectif du bien vivre au quotidien de l'Equipe de France pour chacun et la réussite sportive visée. Pas trop le temps de faire du tourisme...

Tu évoques dans cette structure, l'apport de Mehdi Baala. Quelle a été donc sa fonction exacte lors de ces championnats ?
Il coordonne et agit en faveur de tout ce qui va permettre et faciliter la performance. Son expérience du  très haut niveau lui sert et sert l'Equipe de France. Son travail de fond et de proximité est d'une réelle efficacité, avec le recul, la mesure et justesse nécessaires pour cette mission car c'est une position transversale pour interagir au mieux avec les athlètes et leurs staffs (l'exemple d'un PAB serein pour sa finale en est quelque part un témoignage).

Mais encore, au delà de ça ? Concrètement ?
Concrètement il est à la convergence des infos de chacun pour optimiser ce qui peut ou doit l'être. Il travaille aussi à la préparation et à la logistique des stages de l'Equipe de France en amont et bien sûr en coordination/délégation pour la DTN et avec le souci budgétaire qui convient...
Aussi plus précisément pour ces championnats, il aura constitué un maillon indispensable à la réussite de l'Equipe de France. Enfin, pour préciser les choses, ses missions ne datent pas que de cette année car cela fait maintenant 3-4 ans qu'il est dans ces fonctions transversales de la direction de la performance.

Et maintenant Berlin 2018 ? Quelles perspectives s'offrent à l'équipe de France après ces bons mondiaux ? Avez vous fait un bilan organisationnel de ces mondiaux londoniens par ailleurs ?
Berlin 2018 oui mais aussi Birmingham cet hiver (pour n'évoquer que la piste!)
Il n'y a pas eu de bilan organisationnel à chaud, car il sera fait par la DTN et pour le bureau fédéral début septembre.
Pour avoir été de bien d'autres campagnes anté 2009, j'aurai pour ma part constaté lors de ces mondiaux un encore plus grand professionnalisme de l'ensemble des acteurs de l'encadrement de l'Equipe de France et une belle sérénité malgré les enjeux et la pression que cela suppose.
C'est de ce côté que nous devons accentuer l'effort pour mettre les athlètes dans les meilleures conditions sociales, matérielles et psychologiques possibles tout au long de leur "carrière" et dans l'antichambre d'accès au Haut Niveau.
Le professionnalisme s'inscrit aussi dans cette facette de l'accompagnement à la Haute Performance.

 

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Bonjour Damien, on a vu deux chinois en finale masculine à Londres cette année. Quel bilan personnel dresses-tu de cette compétition?

Bonjour Ivan, c’est un bon bilan niveau chiffre. Première fois pour la chine qu’il y avait 3 hommes et 3 femmes de qualifiés pour un championnat du monde (seuls les USA et la Chine l'ont fait cette année). Nous avons deux hommes en finale dont un qui fait 4eme et qui a pu goûter au plaisir de se battre pour une médaille. Je suis donc satisfait de ce bilan.

Mon gros regret cependant est que la fédération n’a pu envoyer que ces deux garçons à Londres, car en septembre se tiendront les jeux chinois pour lesquels les provinces n’ont pas voulu libérer les autres sauteurs pour Londres.

C'est a dire que les provinces privilégient ces jeux nationaux à la participation de leurs meilleurs athlètes aux championnats du monde?

Oui, les jeux chinois sont une compétition interne à la chine qui se passe tous les quatre ans. C’est la plus importante compétition pour les chinois et tout particulièrement pour les provinces. Les provinces étant les employeurs des athlètes, elles peuvent ainsi décider de ne pas laisser les athlètes participer à des compétitions de l’équipe nationale. Au final, nous avons raté une occasion d’aguerrir de nouveaux perchistes.

Très bien, et plus généralement quels ont été les autres points forts de cette saison pour toi ?

Cette année, j’ai pu travailler sur un groupe qui va pouvoir se construire sur la durée. En effet, juste après Rio, j’ai demandé a la fédération de ne plus avoir Changrui à temps plein dans le groupe. Il avait beaucoup trop de difficultés à vivre loin de sa famille, et nous avons mis en place une autre organisation pour lui permettre de mieux s’équilibrer (cela a marché vu qu’il finit 4eme a Londres avec un nouveau record de Chine à 5m82).

De cette réorganisation, j'ai ainsi pu construire le groupe autour de HUANG Bokai, qui est un très bon leader et montre la voie aux jeunes. Malheureusement il s’est fait une fracture de fatigue au pied et n’a pas pu montrer tout son potentiel, mais je pense que le travail de cette année va mettre une ou deux saisons à réellement porter ses fruits.

Ta collaboration avec les Chinois se prolonge donc la saison prochaine ? Auras tu des objectifs précis sans mondiaux estivaux l'année prochaine ?

Oui, elle se prolonge, j’ai signé un nouveau contrat pour la prochaine olympiade, donc en théorie je serai « chinois » encore pour trois ans. Pour l’année prochaine nous n’aurons « que » les jeux d’Asie, donc cela sera une année parfaite pour continuer à renforcer le groupe avec des jeunes et préparer ainsi au mieux les deux années suivantes qui nous amèneront directement sur Tokyo 2020.

Tu travailles maintenant depuis quatre saisons avec les meilleurs perchistes chinois . As tu évolué dans ton approche et organisation d'entraînement sur cette période ?

Depuis janvier 2014, j’ai beaucoup appris dans la gestion des spécificités chinoises. C’est une autre culture, une autre approche de l’entraînement et des relations humaines. J’ai mis deux ans pour vraiment comprendre leurs méthodes et leurs points faibles et j'ai effectivement pu adapter mon entraînement en fonction de ceux-ci.

Par exemple ?

Par exemple tous les athlètes chinois ont eu par le passé ou ont maintenant des problèmes de pied. Ce constat fait, j’ai dû beaucoup remanier mes exercices et mes plans d’entraînement en fonction de cette fragilité. De même, du fait qu’ils n’avaient pas de fessier et de contrôle de leur bassin, j’ai dû modifier la quasi-totalité des exercices que je proposais en musculation et orienter cela sur des exercices de puissance et de développement de l’activation des muscles autour du bassin.

J'ai aussi commencé une collaboration avec Yann Remondin sur la préparation physique et les prévention des blessures, il fait un travail fantastique et cela me permet aussi de prendre du recul et de lâcher aussi le groupe à une personne de confiance. Yann étant un ancien étudiant de Clermont Ferrand qui dès la fin de ses études a travaillé avec de nombreux perchistes et sprinters de Clermont, il baigne ainsi dans la culture perche et comprend totalement mes attentes en matière de préparation physique.

Tu évoques Clermont Ferrand. Entraînes tu ou conseilles-tu encore d'autres perchistes français ou étrangers?

J’ai beaucoup de contacts à travers le monde, beaucoup d’athlètes et de coachs me contactent pour un avis ou pour plus. J’ai eu tout l’hiver dernier un couple de portugais et les deux meilleurs espagnoles du moment qui sont venus s’intégrer au groupe. Mais en revanche je n'ai plus de français même si j’espère pouvoir encore aider des jeunes à Clermont.

En ta qualité d'entraîneur qu'observes-tu de notable dans la perche mondiale en général actuellement?

Au niveau mondial, chez les hommes je vois éclore une nouvelle génération qui devrait faire monter le niveau d’ici peu. Mondo Duplantis en est le parfait représentant. Il va leur falloir deux saisons mais cela devrait redonner un gros coup de fouet à la perche mondiale. Chez les filles la saison n’a pas été très intéressante, il manque une ou deux filles qui enflamment les concours.

Hormis Renaud, peu de concurrents internationaux ont semblé s'inscrire a plus haut niveau dans la durée ces dernières années? Reverra t'on Braz selon toi ? Kendricks est il le nouveau boss des prochaines années ? Qui vois-tu arriver rapidement à plus haut niveau dans la jeune génération?

Nous reverrons Braz, il faut lui laisser le temps de gérer la médaille, il vit sur deux continents, cela n’aide pas à gérer le sportif quand on est devenu un héros. De plus il y a eu beaucoup de problèmes dans son environnement proche, ce qui a du le chambouler. Il est doué et très jeune, il faut lui laisser le temps.

Kendricks est un sacré bonhomme, il est complètement atypique dans son mode de vie et dans son saut. c’est un mec adorable et super fair-play, je pense qu’il sait comment faire évoluer son saut et il progresse régulièrement tous les ans, aussi il n’y a pas de raisons pour que cela s’arrête pour lui.

Enfin dans les gars qui vont éclore il y a en tout premier Mondo (Duplantis) qui est plein de talents, il a sauté 5m90 cette saison à 17 ans et devrait continuer sa progression et faire beaucoup de mal les prochaines années.

Et côté français, même question . Axel Chapelle , Kevin Menaldo ou d'autres peuvent-ils prendre le relais de Renaud a terme a haut niveau mondial selon toi ?

Personne ne peut prendre le relais de Renaud. Et surtout personne ne doit chercher à le faire. Renaud a un palmarès monstrueux et il faut que les autres français arrivent à se créer leur propre histoire. Mais très probablement, la génération post-Renaud aura beaucoup de mal à exister, comme cela fut le cas après Jean Galfione. Pour le moment les médias et donc le public ne veulent que du Renaud... les lendemains de fêtes risquent d’être difficiles. Les gars ont du talent, mais ils risquent d’avoir du mal à exister et à être reconnus à leur juste valeur.

Côté féminin , c'est un peu en retrait depuis quelques saisons ? Tu vois des explications à cela ? Simple question de génération selon toi ou un vrai sujet féminin ?

L’explication chez les filles vient en mon sens de la retraite de nombreuses patronnes  qui ont dominé la discipline pendant quinze ans. Les petites jeunes doivent maintenant trouver leurs places et s’aguerrir. De plus la maturité chez les filles en saut à la perche arrive tard, les filles ont besoin d’une période pour se poser et finir leurs études. Donc les filles prometteuses que l’on a pu détecter il y a quatre ans vont arriver a maturité pour la prochaine olympiade.

Enfin, bien qu'en partie expatrié te réjouis tu de voir les JO très probablement se tenir a Paris en 2024 ?

C’est très bien pour les sports olympiques et pour l’esprit national, c’est une très belle fête et le projet à l’air viable à long terme. J’espère que cela aidera la France à se professionnaliser, et à changer profondément. D’un point de vue sportif il faut très rapidement donner les moyens au terrain pour former la génération de sportifs qui pourra rendre la fête encore plus belle.

Mais pour le moment je regarde cela de très loin, mon métier fait que je ne sais pas pour qui je travaillerai dans quatre ans.

 

 

Benjamin Malaty, Yohan Durand .. une même passion du marathon

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Écrit par Ivan Moreau   
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Bonjour Benjamin et Yohan,

Vous avez tous deux débuté sur marathon dans des conditions et avec un résultat probant analogues, merci de vous prêter à cette itw croisée sur cette « première fois », il y a quinze jours pour Yohan et en 2012 pour Benjamin.

Tout d'abord, quelle image gardez vous de ce premier marathon ?

YD : Pour ma part l'image que je garde de mon marathon c'est le sentiment du devoir accompli une fois la ligne franchie. Le moment où tu sais que tu es "marathonien". Cette sensation de lâcher prise une fois la ligne d'arrivée derrière. Ensuite si je vais chercher un autre souvenir, c'est celui du départ, les Champs Elysées complètement vide, uniquement pour nous, où l'on se dit que "la victoire" est au bout!

BM : C'était un moment fantastique. Je venais d'être champion de France de cross et j'avais préparé ce marathon de la meilleure des manières.

Je partais pour faire 2h13"40 (soit 3'10/km) et au final je réalise 2h13"15. Je me sentais à la fois spectateur et acteur de l’événement. Le départ est incroyable avec la descente des Champs, mon lièvre m'a un peu emballé en passant en 15'15 au 5km. La dernière ligne droite restera un énorme souvenir et la délivrance d'arriver au bout en réalisant une course aboutie. Je me suis dit, "tu es un marathonien".

Quel a été pour vous le km le plus agréable sur le plan des sensations ?

BM : J'ai eu des sensations incroyables pendant les premiers kilomètres. Je me souviens également d'un passage au 30ème avec la foule qui m'encourageait. Je me sentais bien, mais le plus dur commençait aussi …

YD : Pour moi les 30 premiers kilomètres se sont très bien passés. J'avais ce sentiment de facilité et de relâchement. Ce sentiment est indispensable pour réaliser une performance sur marathon. Être en "dedans" toute la première partie. Le dernier kilomètre est peut être le plus jouissif.

Et le moins facile ?

YD : Le 36eme avec un passage sur les pavés dans le bois de Boulogne. J'ai commencé à "piocher" au alentour du 34-35eme. Il est difficile de pouvoir relancer à cet endroit. Le public est moins nombreux, les jambes sont lourdes.. Et pourtant il ne reste que 6 kilomètres !

BM : De mon côté tout allait bien jusqu'au 32ème, j'étais encore en 3'05-06 et tout d'un coup 3'10 puis 3'15 et là tu comprends que le marathon commence ici.

Après la cote au 35ème, j'ai senti que ça tirait terrible, les derniers kilomètres étaient un vrai combat. Cependant, je remontais les coureurs un à un et ça me motivait. Vers le 37ème, il y avait un fort vent et là ce fut vraiment dur, tout comme à 2km de l'arrivée, vous n'attendez que la dernière ligne droite.

En terme de préparation, estimez vous avoir chacun préparer un marathon parmi d'autres ou plus précisément était-ce plutôt pour vous la prépa d'un premier marathon ?

YD : Je pense que c'était plus la préparation d'un premier marathon.

Avec cette inconnue qu'il y a au bout. Même si l'articulation d'une préparation se ressemble, elle varie quand même en fonction de la saison à laquelle on prépare son marathon, du parcours aussi, de ses blessures, ou du nombre de marathons déjà courus. Je pense que ma préparation ne sera pas la même quand j'aurais déjà une dizaine de marathons à mon actif.

BM : J'ai préparé UN marathon avant tout … J'avais peu d'expérience sur la route et je voulais optimiser mon résultat. J'ai pris des risques et ça a payé. J'avais bien préparé ce rendez-vous et je voulais devenir un marathonien.

Le fait que ce soit Paris a t'il influencé aussi cette préparation dans votre tête ? Avec son exposition médiatique notamment…

BM : Nous venons de la piste et du cross où il n'y a pas le même engouement. Alors je me foutais royalement de l'exposition médiatique sur le moment. Je me préparais pour une nouvelle expérience sans connaître l'impact et la médiatisation d'un tel événement.

Je sais depuis que ma performance m'a permis une exposition et de nouveaux partenaires (ce qui m'a permis de continuer ma passion), mais surtout des nouveaux challenges que je voulais réaliser (Championnats du Monde et Championnat d'Europe) et une perspective pour les JO.

Après j’ai voulu faire Paris, car c'était un grand marathon et dans une ville magnifique. Et pour un 1er marathon, globalement je pense que c'est l'idéal.

YD : Moi j'ai choisi Paris car c'était le plus simple au niveau de la logistique et de l'environnement. Après le parcours n’est pas réputé idéal, mais pour un premier je ne visais pas forcément un chrono stratosphérique. De plus nous étions une dizaine de Français de niveau quasiment similaire, ça aide. Avec un lièvre mis en place par la fédération. Mais c’est vrai que celà permet aussi d'avoir une visibilité médiatique non négligeable.

En ayant assisté au résultat de chacun, que vous êtes vous dit alors ?

BM : J'étais très content pour Yohan. Nous sommes potes depuis cadet-junior et je sais à quel point il a galéré depuis 2 ans avec les blessures.

C'est un athlète doué. Je le pensais capable de faire 2h12 dès son premier. Il a couru seul le 2ème semi et a géré le 1er. Il a une belle marge de progression.

YD : Benjamin m'avait impressionné sur son premier marathon car les conditions étaient difficiles. Il a ensuite prouvé avec son chrono de 2h12 que ce n’était pas le fruit du hasard mais d'une préparation très bien menée. Il a un peu brisé une barrière psychologique car beaucoup de Français s'étaient cassé les dents sur Marathon. Sa performance m'a aidé en tout cas à sauter le pas et à monter sur la distance.

 benM yohanD 

Benjamin et Yohan cet hiver pour un footing commun à Bordeaux (source facebook) 

L'un et l'autre avez les même entraineurs depuis des années. Quelle a été leur part d'influence dans cette aventure du marathon ?

YD : Pour ma part c'est une décision que nous avons prise en commun avec mon coach (Pierre Messaoud). Sur un plan personnel, j'étais déçu de la piste. Et je voulais me lancer un nouveau défi. J'avais besoin de ça pour relancer ma carrière. Amener mon corps sur des zones de travail inconnues, repousser les limites physiologiques.. Mon entraîneur était d'accord avec moi, et il était aussi excité par ce nouveau challenge.

BM : Forcément, le coach (Messaoud Settati) est un grand artisan de cette réussite. Pour moi il a su parfaitement gérer ma transition sur le marathon avec un plan cohérent. C'est un entraîneur qui sent les choses.

Après un été 2011 très décevant, j'évoquais la possibilité d'arrêter de courir. On a pensé à la même idée au même moment pour se relancer sur une nouvelle expérience, celle où j'exploiterais le plus mes qualités de fondeur avec ma foulée économique. Le marathon s'est présenté naturellement. On se comprend sans se parler et on a une relation fusionnelle même si on est à distance. Il me connaît depuis 20 années.

Pour un résultat semblable sur un premier marathon, lequel de vous deux aurait la plus grande marge de progression ?

YD : En réalisant 2h12 à Paris, Benjamin à montré qu'il pouvait courir en 2h10 sur un marathon plus rapide. Moi je n'en suis qu'à mon premier. C'est simplement très encourageant pour la suite.

BM : Sans hésiter, Yohan. Il a de meilleures références sur la piste et possède un gros foncier. Ne pas oublier qu'il a fait aussi 3'36 au 1500 et 13'17 sur 5000m.

Votre regard sur les coureurs de tête, quasiment tous éthiopiens ou kenyans désormais ? Un léger complexe à vous envisager un peu en retrait de ces coureurs ou bien envie de les accrocher un jour?

BM : Cela ne change pas depuis des années donc on s'y habitue. On est fataliste en quelque sorte. Pour ma part, je cours avant tout pour moi et dépasser mes limites que je connais. Je suis un passionné de course à pied et j'adore me préparer pour atteindre mes objectifs.

YD : Pour ma part je ne regarde que très peu les performances des étrangers. Elles sont d'un autre monde et elles ne m'intéressent pas forcément. Il y a tellement de coureurs capable de courir en moins de 2h08 qu'il est devenu difficile de s'identifier à quelqu'un (comme avec Haile ou Tergat dans le passé). J'essaye davantage de me concentrer sur moi-même, de voir comment je peux m'améliorer, qu'est ce que je peux faire de plus pour abaisser mon chrono.

Et à quand un marathon ensemble au départ alors ?

YD : A Rio en 2016 ça serait magique ! Mais pour cela il faut encore travailler et progresser.

BM : Le plus tôt possible j’espère. Et oui pourquoi pas à Rio !!

Yohan Durand à l'aventure du marathon

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ITW de Yohan Durand à quelques jours du marathon de Paris dont il prendra le départ pour une grande première sur la distance ...
  
Bonjour Yohan, on s'était quitté sur une précédente  itw où tu évoquais ton envie de passer sur marathon en 2016 . Tu seras au départ de l'édition 2015 du marathon de Paris. Un pari de Nouvel an perdu avec un ami ou une réelle tentative sérieuse des cette année ?
 
Oui c'est vrai que j'avais encore il y a peu, envie de rester sur la piste et le cross au moins jusqu'en 2016: un gout d'inachevé sur 5000 avec mon record en 2012 mais ma non qualification aux JO de Londres..le souhait aussi de ne pas monter trop vite en distance non plus .Mais j'ai eu depuis de nombreuses difficultés à enchaîner mes objectifs sur piste et en cross sans blessures ni contre-temps et de fil en aiguille le marathon m'est apparu comme un projet intéressant des cette saison
 
N'est ce pas non plus l'appat du plan marathon mis en place par la fédération qui a été déterminant ?
 
Oui peut être un peu mais non en réalité car cela est venu se positionner plus naturellement dans mon actualité sportive avec ces difficultés et problèmes récurrents aux tendons notamment. Là j'ai par exemple enchainé deux mois complets d'une préparation marathon plus douce que ce que je faisais avant et je suis nickel au niveau blessure ou désagrément physique . Ca compte et c'est agréable dans la pratique du haut niveau qui est déjà assez exigeante comme cela 
 
En cela tu ne t'es donc pas vu monter sur le 10000 mètres et ses 25 tours de piste auparavant ?
 
Non . Le marathon s'est imposé à moi comme projet motivant et je sais aussi que de toute façon une prépa marathon reste très intéressante pour revenir sur les distances inférieures comme le 10000 mètres. Donc je ne me ferme aucune porte pour la suite .
 
Pour être plus clair  tu arrives donc sur la distance avec de grosses ambitions ou seulement l'envie de te tester à maintenant à 29 ans? 
 
J'ai de l'ambition pour ce premier test et j'y vais en tout cas en quête de performance. Ma préparation finale que j'ai quasiment fait en intégralité à Gujan Mestras depuis deux mois me laisse sur de bonnes sensations. J'ai accumulé des kilomètres et pu travailler les bonnes séances de capacité ou spécifique marathon puisque c'est le tarif quand on s'engage sur cette distance. Apres ce sera une première tentative ... 
 
Tu évoques ces seances spé marathon. A combien de km es tu monté au plus haut sur ta plus longue seance ? Cela a t'il été difficile de t'adapter à ce regime "quantitatif" ?
 
Je suis monté une fois à 38 km . Ca s'est très bien passé dans le prolongement de deux autres grandes sorties longues que j'avais positionnées en amont . La difficulté ne s'est pas trop fait sentir dans la mesure où j'y étais sans doute préparé par des préparations antérieures sur semi marathon (sélectionné en 2010 aux championnats du monde de semi-marathon) et le choix de m'entrainer a Gujan pendant cette période a été un bon choix je crois aussi... 
 
 
C'est a dire ? Tu n'es pas monté en altitude donc .. tout en te délocalisant de tes bases à Bergerac ... Pourquoi ce choix de ne pas partir en stage au bout du monde ? Tu t'inspires de ton compère et voisin Benjamin Malaty fervent défenseur d'une préparation at home ? 
 
Oui peut être un peu . Tout comme Benjamin je vais souvent au Portugal où les conditions sont souvent tres bonnes , mais cette fois ci j'ai eu envie d'essayer Gujan . Pour la première raison, à savoir ne pas partir trop loin et devoir gérer des adaptations pas toujours simples .. et aussi car je ne pouvais pas rester a Bergerac où le relief est un peu trop marqué pour travailler dans le regime "soft" d'une préparation marathon et de ses longues fractions . Ici a Gujan on trouve de nombreuses pistes cyclables, pour un entrainement de qualité sur macadam et en même temps un cadre nature et des sols souples pour les kilometres de récupération et d'assimilation . On verra si ce choix sera bon mais j'ai en tout cas pu travailler idéalement ici. 
 
Tu n'es donc pas suivi de trop près par ton entraineur Pierre Messaoud qui entraine lui à Bergerac ? Ce n'est pas un inconvénient pour toi ?
 
pierre messaoud yohan durand
Avec Pierre on fonctionne très bien, il me connaît , depuis longtemps,  et sait entrainer ..et pas que moi . Notre relation est établie sur la confiance et le dialogue. Apres il est vrai aussi qu'une présence physique et un œil sur son évolution dans un cycle important comme celui ci reste indispensable et le choix de Gujan c'était aussi la possibilité de revenir quelquefois a Bergerac pour quelques séances où je me soumettais à son regard et ses retours sur ce qu'il y voyait . C'est un mode qui me convient en tout cas et je ne le considère surtout pas comme un handicap. 
 
On t'attend donc a Paris parmi les premiers français . Tu as des objectifs précis en temps ? Des minimas à réaliser pour une sélection aux JO de Rio peut être ?
 
Non ces minimas ne sont pas encore connus malheureusement . De fait comme c'est une première fois je vais y aller sans annonce particulière de chronos à réaliser. Je sais que le marathon est une course à part et j'espère y trouver les mêmes bonnes sensations qu'a l'entrainement. J'ai pu réaliser aussi un semi marathon probant début mars à Paris aussi avec un chrono intéressant de 1h03'46'' dans ce cycle lourd de préparation pourtant.
Apres beaucoup de choses peuvent se passer sur cette distance , avec des meneurs d'allure  pas toujours adaptés aux meilleurs Français (2 lièvres sont ici prévus pour les Français).., des conditions météos parfois capricieuses comme le vent ou le climat changeant en avril  et toute sorte d'imprévues que je connais pas encore . C'est un peu l'aventure en quelque sorte!

Benoit Nicolas le miler devenu champion du monde de duathlon

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Écrit par Ivan Moreau   
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Ancien tres bon miler de niveau national (3'38 au 1500m), excellent crossman (1 sélection en championnats du monde), le Brestois Benoit Nicolas est devenu champion du monde de duathlon ce printemps. Rencontre avec ce coureur toujours athlète dans le coeur...

benoit duathlon

 

Bonjour Benoit, te voila champion du monde de duathlon apres deux podiums consécutifs aux deux éditions antérieures.Tes impressions après coup? Toujours sur ton petit nuage ou déjà d'autres objectifs à venir ?

C’est 3 podiums en fait. Car en 2011 j’avais récupéré une 3e place avec Silva contrôlé positif. La pour le coup le titre cette année je ne réalise pas, d'ailleurs j ai presque l’impression qu’il ne s’est rien passé… J’ai pris la compétition l’esprit léger, histoire de minimiser l’événement. Pour le petit nuage ça va, j ai pris de l'âge et je suis zen par rapport à ça. J’ai aussi les France de duathlon qui approchent le 22 juin et comme j’ai envie d’y faire un truc, notamment si je peux enchainer un triplé 2012, 2013 et 2014… Ensuite il y aura les Europe le 23 aout, donc ca va venir vite tout ça.

Pour Culture-athle.com c’est aussi en tant qu’ancien athlète que nous nous intéressons à toi. Beaucoup d'athlètes de qualités sont devenus duathlètes comme toi non ? Certains "redeviennent" athlètes ensuite , parfois meilleurs qu'avant leur passage au duathlon… Celà t'inspire t'il un possible retour a l'athlétisme pour un objectif particulier comme le marathon ou le trail ?

Sur la première question, beaucoup ont essayé le duathlon oui. Le plus marquant de tous a été Yann Millon qui était un des meilleurs crossman français dans les années 95-2000. Il y a eu aussi Fabien Lacan, Augusto Gomes qui étaient de tres bon crossmen mais le passage sur le vélo est trompeur, car des fois tu passes car la course est tactique et le jour ou ca roule tu exploses et tu finis détruit ! L’époque des Capoferri, Galinier, Valenti, Derobert ca roulait fort avec les belges et là dedans tu comprenais rien quand tu débarquais de l'athlé !

Apres certains progressent encore en course a pied en passant sur duathlon… c’est vrai. Damien Derobert a battu ses records sur 5000m dans sa préparation duathlon, mais il faut analyser ces éléments en duathlon car en ne se focalisant sur la partie pédestre rien ne dit qu’on passe au mieux ensuite sur la partie vélo.

Sinon me concernant je fais toujours les cross l’hiver, enfin plus que deux essentiellement, mes départementaux et les régionaux de Bretagne , car après on arrive vite sur la saison de duathlon, et je ne veux pas courir 3 saisons en une.

Mais pour répondre à la question je ne pense pas refaire de l’athlé « pur »… je préférerais découvrir une vraie saison de vélo plutôt, ou partir sur triathlon longue distance si vraiment je devais choisir.

Tu es donc tenté par l’aventure du triathlon ? L’Iron Man ? Hawai en ligne de mire peut être, pour le mythe que ca représente ?

C’est compliqué car j'ai tout axé sur le duathlon maintenant. Faire un triathlon demande une autre organisation. Un triathlon apres, c’est a voir dans le cadre d’un entrainement duathlon, peut être pour améliorer aussi l'enchainement vélo-course a pied, qui est très spécifique mais sinon pour Hawai, je pense que préparer un Iron Man demande des heures et des heures d’investissement, et actuellement je préfère me dire que je veux garder mon titre aux monde l’an prochain, et qu’ensuite je ferai des gosses, achèterai un chien, une baraque, et un voilier pour faire des balades en mer avec ma canne a pêche lol

La mer mais pas en maillot de bain alors ! Tu es prof d'Eps par ailleurs. Une carrière dans l'entrainement dans les deux sports s'offrirait à toi demain. Ce pourrait être dans tes objectifs à moyen ou long terme ?

Pour ce qui est d entraîner en athlé ou duathlon, la dessus je viens de l athlé donc pour moi c'est plus facile car même si j’ai maintenant des notions en vélo que j ai pu approfondir, en duathlon on appartient à la fédération de triathlon, donc pour assumer par exemple un encadrement fédéral c'est compliqué, il faut passer d'autres diplômes...

Disons aussi que j'ai beaucoup donné jusqu’à présent en engagement sportif et que ça compte. Avec le duathlon ça fait déja 5 ans que je m entraîne 2 fois par jour, alors si il y a un projet intéressant autour d'un club motivé, je dirai peut être oui pour entraîner des jeunes motivés mais me retrouver à être 5 fois au stade par semaine avec des gamins qui ont fait le fête la veille ça ne m’intéresse pas trop, enfin pas pour le moment du moins...

Quel est le sportif qui t'a le plus inspiré de toute ta carrière ? Un duathlete ou un athlete ?

Plein, plein de sportifs bien sûr… Quand tu es jeune tu veux faire comme celui qui est devant toi… Quand j’étais benjamin, on avait François Person à mon club du Stade Brestois, grand crossman breton des années 80, ensuite Eric Dubus aussi, mais je suis resté plus petit que lui… j ai oublié de grandir !

Plus proche de nous en Bretagne Mickael thomas, et il y a eu aussi Gael pencreach le steepler, Quentin Jarmusciewick, aussi, mes potes d’athle qui faisaient des gros chronos alors que moi j étais chèvre !

J’ai apprécié aussi Alexis Abraham un super gars, et Moktar Benhari qui sont restés mes modèles en athlétisme. Dans le duathlon c’est beaucoup Yann Millon qui a été ma référence : je suivais son parcours quand j’étais junior en athlé, c'est dire…, et athlete je connaissais déja aussi de nom les références du duathlon français tels Galinier, Capoferri, Valenti et compagnie ...

benoit piste

Puisque tu évoques tes jeunes années et en exclusivité pour Culture-athle, certains dans le monde de l’athlé t’appelle "cuir". Tu peux nous en dire plus sur cette légende ?

Alors ça oui c’est une vieille histoire : ca date de 1996, un stage FFA à Tarnos en junior… on faisait les pitres dans la chambre avec Thierry Quiret, Cedric Andres et Anthony Le Calvé et un soir on tombe sur un film avec des gars habillés en cuir…apparemment ils étaient pas la que pour faire de la moto, enfin tu vois un peu...

Donc le lendemain c’était le gros sujet de conversation entre nous, et on s’appelait de chambre en chambre en demandant si on était « cuir » ou pas… Et puis je me suis trompé de sens dans les numéros de chambre et j’ai appelé la chambre à ma droite au lieu de la gauche, et j ai fait 3 chambres comme ça... jusqu’à ce que le 3e sorte en furie de sa chambre en demandant qui était le con qui appelait les gens en demandant des trucs pas propres… il était furax!. C’était le DTN de l’époque... et l’entraineur national juste avant,… Richard descoux et Jean Claude Vollmer, crois moi je me suis fait petit. Mais depuis certains m’appellent CUIR effectivement !

D’accord… Il y a prescription maintenant de toute façon.

Sujet qui fâche… la coupe du monde de foot a débuté. Le foot c'est beaucoup de moyens financiers par rapport a l'athlétisme et le duathlon non ? En nourris tu une petite frustration personnelle aujourd'hui avec ce titre de champion du monde peu médiatisé ?

Quand je vois la masse d entrainement que me demande le duathlon, 12-14 entrainements par semaine, soit 25 à 30h, c'est sur qu’on peut se poser des questions …

Qu’on gagne des clopinettes c'est pas ça qui me dérange car le football à ce niveau c’est aussi beaucoup de business… mais c’est juste triste de voir les medias ne parler que de ça. On dirait que le sport = foot, et à coté de ça on n’a pas eu un mot au niveau national sur les 2 titres mondiaux gagnés en duathlon cette année par Sandra (Levenez) et moi… J’ai trouvé ça triste, et je pense que les gens sont demandeurs pourtant pour voir autre chose, ou pour avoir des informations sur les sports secondaires… les journaux sportifs des petites chaines ne font pas leur boulot au final : tu regardes combien de sports existent et tu fais le compte au final … tu as quasi aucune info, et puis un jour on te pond un truc farfelu et ca fait des reportages sportifs tres médiatisés, genre le « mud day ». C’est rigolo ok, mais la performance disparait…

Après en terme de retombée du coup c’est difficile le duathlon… et pourtant on court, on pédale, et ce sont deux sports de éférences pourtant.. Au final niveau aide des marques c’est la galère, et on a juste de quoi se payer une bonne paire de roues a la fin de l'année. Un peu frustrant oui…

Autre frustration peut être, on évoque souvent le dopage dans les épreuves de fond et d'endurance ? A ceux qui doutent de tout qu'as tu à répondre sur la possibilité qui subsiste encore de faire une belle carrière dans ces sports ?

Si tu regardes le très haut niveau en cyclisme et en athlétisme, tu es obligé de te poser les questions. Quand par exemple tu vois certains gars monter aussi vite les cols que Lance Armstrong ou Pantani qui étaient archi dopés, on dispose d'éléments quand même. Mais j’ai envie de dire qu’on peut faire une belle carrière en athlé et que je regarde des athlètes comme Medhi Baala, Bob Tahri ou Mahiedine Mekissi comme des exemples. En fait il faut connaitre des athlètes proches de soi en qui tu n as aucun doute pour avoir une idée des limites possibles, car quand tu connais pas forcement tu peux avoir des doutes.

La grande référence de l’athlétisme français actuellement, Renaud Lavilennie, s'oxygène de la perche avec la pratique de la moto ? Et toi c'est quoi ta came en dehors de la course et du duathlon ?

En fait je n’ai plus beaucoup de temps après 5h d entrainement par jour, mais je joue de la guitare et de la batterie (enfin j'essaie) dans des groupes de rock alternatif sur Brest. On fait un max de bruit, genre « sonic youth » en plus hard tu vois ! Mais des fois je dis au gars du groupe, molo la, je transpire j ai mal au bras je sors d une séance, j ai plus de biceps !! c'est quasiment le seul truc que je fais en dehors du duathlon… et puis j ai bien sûr mes heures d’enseignant en EPS à assurer…

Question athle et « demi-fond ». Toi qui a été un très bon coureur de 1500, quel regard portes tu aujourd'hui sur le demi-fond français ? Les Carvalho, Denissel, Kowal, Durand etc ?

Le demi fond français actuellement… les gars sont solides, et je dirai exemplaires : ils sont honnêtes, ont une démarche propre, ça déjà c’est important. Leur discours derrière est humble : quand je vois Yoann Kowal faire la finale aux monde sur steeple, c'est beau. Florian carvalho c’est pareil, il lui manque pas grand chose pour rentrer dans une finale mondiale sur 1500 voire jouer un podium, Simon Denissel c’est un gros finisseur aussi, et son heure va venir, quant à Yohann Durand c'est un gros bosseur et faire 13’17’’ au 5000 proprement c'est beau. J’aime bien aussi Benjamin Malaty qui est un bel exemple de sincérité.

A contrario je me souviens de certains autres gars du demi fond français, je vais pas les citer, et des filles en nombre aussi, qui ont trusté le devant de la scène française il y a quelques années …en comparaison c’était catastrophique... je crois qu’on doit approcher la douzaine de cas de dopage sur cette époque …là au moins on a des gars sains! Y a des secondes à gagner en franchissant la ligne rouge, certains l’ont fait, mais eux ils acceptent de bosser proprement et ça c’est respect pour moi !

Toujours au niveau de l’athle et avec ton regard d’ancien athlète toujours, que penses tu du plan marathon décidé par la fédé cette année ?

Le plan marathon de ce que j’en ai compris, c'est bien. Ca relance un projet autour de l’équipe de France. Au moins les jeunes vont pas baisser les bras, car se sentir soutenus, c’est important, à un moment quand tu n’es pas loin de l'équipe de France… car quand ça passe pas, tu stoppes ou tu passes à autre chose. Certains vont plutôt sur le trail actuellement, par le passé sur le triathlon, le duathlon aussi… quand ca se finit pas par faire de la randonnée sur le GR20 ! La FFA a fait un bon truc avec ce projet marathon. J'aurais bien aimé qu'elle en fasse de même pour le cross discipline de base de la course à pied.