Benjamin Malaty : "j'avais à coeur de retrouver mon niveau"

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Entretien avec Benjamin Malaty, parmi les 3 athlètes déjà sélectionnés pour les championnats d'Europe de Berlin : retour sur sa saison 2017, sa carrière sur marathon, et ses objectifs 2018.

Bonjour Benjamin, comment vas tu, après cette bonne année 2017 où on t'aura vu sur deux marathon au printemps (Paris) puis à l'automne (Berlin) pour finir en équipe de France de cross lors des Europe en fin d'année ?

Je vais très bien après une année bien remplie. 2017 aura été une année importante dans ma reconstruction. Après 2 années plutôt compliquées, j’ai retrouvé le plaisir de courir, mon niveau sur marathon et L’Equipe de France lors des derniers Europe de cross.

Oui, un championnat assez difficile pour l'équipe de France senior semble t'il ?

Oui pour ma part cela n'a pas été une bonne course car je suis parti sans doute un peu vite pour rester dans les points de l'équipe et ai eu ensuite des difficultés à me maintenir d'autant que le classement étant cette année sur trois athlètes.. c'était un peu à quitte ou double concernant cette prise de risque au départ.

Après même si le résultat n’a pas été à la hauteur de mes espérances, j’ai vécu un beau championnat avec cette jeunesse pleine de promesses en espoirs et juniors.

Tu auras donc enchaîné 2 marathons probants en 2017 mais sans record personnel au bout. Quels enseignements en as tu tiré ?

Le premier est que j’ai signé 2 belles performances en 6 mois, après 3 ans sans chrono référence sur la distance. J’avais à cœur de retrouver mon niveau et surtout de ne pas rester sur plusieurs échecs.
J’ai surtout pris énormément de plaisir sur ces 2 préparations.Le second est que je sens que j’ai encore progressé et qu’il y a une marge de progression.
A Paris, je passe trop vite (64.10) pour tenter d’avoir un groupe jusqu’au 30
ème et je finis dans le dur.
A Berlin, la chaussée détrempée n’a pas aidé pour le chrono.
Pour ces raisons, je reste persuadé que j’avais mon PB à ma portée (2h12) ce qui me conforte dans l’idée de pouvoir faire beaucoup mieux prochainement.

On a pour les français actuellement l'impression d'une barrière psychologique à 2h10'. Qu'en penses tu pour ce qui te concerne ?

Cette barrière concerne aussi beaucoup d’européens. On sent qu’il n’est pas facile de courir moins de 2h10. Aujourd’hui Hassan Chahdi en est capable et à court terme Florian Carvalho également.

Pour ma part ce serait un aboutissement de passer en dessous, mais je dois encore progresser pour aller chercher d’abord un moins de 2h11.

Tu évoques Florian Carvalho, qu'on aura vu faire un test très probant cet automne au 20 km de Paris . Tu penses qu'il a de l'avenir sur marathon ?

Oui même si ce n'est jamais facile de monter sur la distance. Florian a toujours eu un gros foncier et je sais qu'il fera les choses avec sérieux et application pour parvenir au meilleur résultat qu'il lui sera donné d'atteindre. Après je crois savoir que sa montée sur la distance sera progressive et je me réjouis en tout ca de le voir arriver sur marathon. C’est un ami.

Pour revenir à ta saison, tu auras donc pu faire deux marathons et une saison complète cette année, ce qui ne t'était pas arrivé depuis quelques temps. As tu changé des choses dans ton entraînement ? Ton approche plus globale du marathon et la course à pied également ?

Non je n'ai pas fait de grosse révolution pour arriver a cette saison satisfaisante. Pour autant je me suis posé quelques questions effectivement en 2015, avec ces blessures à répétitions, pas nécessairement invalidantes, mais gênantes au quotidien dans l'entraînement.

Parmi les choses qui ont changé, j'ai essayé de travailler davantage ma posture et mon renforcement musculaire. C'est encore un domaine que je dois travailler mais j'en ai senti les bénéfices sur mon organisme.

Un gros travail  de PPG et musculation pour marathonien ?

Non un travail adapté. Je n'ai pas changé d'entraîneur non plus avec toujours le soutien de Messaoud Messati qui me suit depuis mes débuts en poussin et pleinement depuis la catégorie benjamin. J'ai en revanche changé de chaussures par exemple. Kalenji a arrêté mon contrat après une belle collaboration et j’ai trouvé un nouveau challenge chez Hoka avec des chaussures qui me satisfont pleinement en termes de sérénité et confort dans l'entraînement.

Tu peux nous en dire plus sur cette marque un peu moins connue du monde de l'athlétisme ?

C'est une marque issue du monde de la montagne/trail avec des fondateurs venus de chez Salomon et implantée à Annecy, racheté depuis quelques années par le groupe américain Deckers. J'ai trouvé des produits compatibles à ce moment de ma carrière. C'est une grande satisfaction.

Tu évoques aussi ton entraîneur historique, Messaoud Settati, qui sauf erreur est toujours dans la région d'Agen ? (Benjamin réside en région bordelaise). N'est ce pas un petit manque quand même quand on voit ces staffs complets qui gravitent désormais au quotidien autour des athlètes ?

Oui et non. Nous avons une relation forte qui fait son succès et tout ce que j'ai pu atteindre en performances. C'est davantage de concurrence et de suivi particulier sur quelques séances difficiles qui peut me faire défaut parfois, même si j'arrive à m'organiser pour cela le plus souvent avec l'aide de plusieurs potes d’entraînement. (Yannick Dupouy, Denis Mayaud, Massy Belaïd…)

Tu n'as pas succombé non plus à la mode des stages dans des contrées lointaines ? Le Kenya par exemple ?

Non c'est un peu loin et je ne suis pas fan de ces destinations à la mode comme tu dis..

Préférant de loin des stages plus proche au Portugal ainsi qu'optimiser mes bonnes conditions d'entraînement ici au quotidien à Bordeaux, en équilibre avec mon travail et ma vie personnelle aussi.


Référence obligée du marathon en France, Dominique Chauvelier "critique" parfois les marathoniens français actuels en leur conseillant de faire davantage de courses hors stade pour s'aguerrir et travailler davantage leur visibilité ? 
Avec ton recul de coureur hors stade chevronné maintenant,  as tu un avis également a ce sujet ?

J'ai un avis assez tranché effectivement. A savoir que j'aime la course à pied, j'aime la compétition aussi, mais courir tous les week-ends en compétition ne fait pas parti de mon plaisir eu égard aux longues préparations et à l'investissement que cela nécessite.

C'est un point de vue que je ne peux qu'étayer de mon expérience personnelle sur la distance maintenant. Peut être son époque était différente aussi, avec moins de coureurs africains sur marathon qu'actuellement, une offre différente en prime de notoriété des organisateurs en direction des meilleurs français aussi (??) mais pour ma part je ne vois pas comment enchaîner compétitions régulièrement tous les we et grosse préparation nécessaire à toute course avec objectif chronométrique.

Mais en terme de visibilité et image ne penses tu pas que cela peut être un atout pour vivre de ton sport et pouvoir mieux te préparer justement ?

Chacun a ses équilibres et motifs à organiser sa carrière d'une manière ou d'une autre. Pour ma part, comme je l'ai déjà dit, j'ai aussi un travail qui m'apporte beaucoup, pas toujours facile à concilier avec une pratique de haut niveau, mais important pour mon équilibre et mon développement personnel d'homme, mais d'athlète aussi.
Après chercher de la visibilité à tout prix ne m’intéresse pas. J’aime partager avec les gens que je rencontre, parler de course à pied et échanger sur notre passion. On ne fait « que » du sport et c'est ainsi que j'aime ma pratique du haut niveau.



Plus techniquement maintenant et d'un point de vue personnel, que penses tu du negativ split un peu perdu de mode à l'avant des pelotons internationaux depuis quelques années ?

Sur ce point je pense que dans la recherche de la performance optimale, le negativ split est stupéfiant. Je me pose pas mal de questions sur les capacités de faire un negative split en partant sur de très bonnes bases et souvent en étant esseulé sur la dernière partie.

Tu évoques le dopage ? Un « second souffle » lié à la prise d'EPO ou autres substances interdites par exemple selon toi ?

Oui par exemple. Je sais qu'il est difficile d'envisager une performance sans passer sur une allure certaine au semi par exemple. Or le negative split comme « concept » banalise la première partie de course alors qu'il faut quand même s'engager pour passer sur des temps intermédiaires convenables !

De fait j'ai un peu de mal à concevoir des deuxièmes parties de course plus rapides dans ces conditions, exception faite de course tactique comme dans certains championnats où la première partie de course est là courue particulièrement plus lentement parfois.

Après pour être plus pragmatique et à mon niveau de coureur, je ne suis pas adepte non plus de cette approche, pour la bonne raison qu'il reste difficile dans les grands marathons de bénéficier de concurrence et lièvres adaptés et où l'approche est justement d'essayer d'abord de suivre cette aide objective à la performance plutôt que de décrocher dans l'hypothétique espoir de pouvoir accélérer sur la deuxième partie de course.


As tu suivi la tentative de course sous les moins de 2h d'Eliud Kipchoge ? Pour le coup, une course réglée au cordeau sur des recherche d'allure optimale du premier au dernier kilomètre.. Pour toi est ce encore de la course à pied ou davantage du buzz et de l'innovation technologique ? 

Ce jour là, j’étais au fond de mon lit...

Cela s’appelle du marketing. C’est aussi ce qui permet de mettre en avant notre sport et les coureurs aussi je ne vais pas tout critiquer mais pour cette tentative, courir sachant que le record ne sera pas homologué n’a pas de sens pour moi.

L’homme a besoin de barrières, de records, de spectacle. Notre société en est avide. Mais pour autant...

Et du tout récent et surprenant record d'Europe de Moen ? Un record controversé sur les réseaux sociaux en particulier..

Moen a couru pendant 5 ans 1h02 au semi, une régularité superbe. Il bat son record au marathon début 2017 en 2h10 ce qui en accord avec son semi.
6 mois plus tard, il réalise 59.45 et 2 semaines plus tard 2h05 et termine son 2
ème semi aussi vite que son ancien record sur semi…

J’aimerais bien avoir l’analyse off de beaucoup de coachs car pour moi ces progressions conséquentes sont aussi trop subites compte tenu de la stabilité des performances réalisées par cet athlète précédemment.


Pour revenir a ton actualité, quels sont tes objectifs pour 2018 ? France de cross ? Marathon hivernal à l'étranger ?  Préparation exclusive des Europe ?

2018 s’annonce comme une grosse année avec pour objectif principal les Championnats d’Europe en août sur le marathon.
Le début d’année doit me permettre de passer un cap sur les distances inférieures avec un semi, un 10km ou un 10 000m. Sans oublier les France de cross que j’attends avec grande impatience sur un véritable parcours de cross et surtout en Bretagne dans une ambiance formidable. Je pense que beaucoup de monde a coché ce rendez-vous !

Après, pour aller chercher un gros chrono sur marathon, il faudra attendre le printemps 2019 pour tenter la qualif pour Tokyo.

Merci, Benjamin, et toutes nos félicitations pour ta sélection annoncée ce mois de janvier pour les Europe de Berlin !

 

Mondiaux de Londres, Interview de Daniel Arcuset, chef de délégation

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Bonjour Daniel, tu étais chef de délégation lors des derniers championnats du monde à Londres. Merci de nous accorder cette interview et tout d'abord quel est ton bilan général et personnel de ces championnats du monde ?
Très bon bilan !
Avec néanmoins une prudence d'annonce initiale en conférence de presse Président-DTN en ouverture des championnats mais l'affirmation aussi que nos ambitions de réussir ces championnats était totale ainsi que la motivation des athlètes, car nous avions la réelle conviction qu'il y avait du potentiel pour chacun des athlètes de cette belle équipe de France.

Oui, on a pu reprocher au DTN de ne pas avoir fait d'annonce chiffrée du nombre de médailles escomptées. N'aurait il pas été mieux de le faire au vu de ces bons résultats finalement ?
Non, car sur ces championnats nous ne voulions pas "focaliser " sur les seuls médaillables ou potentiels finalistes en oubliant ainsi les autres pour qui l'enjeu était tout aussi important dans la perspective 2020/2024 pour l'Equipe de France.
Nous avons ainsi pu avoir confirmation de ce potentiel après ces 5 médailles qui auraient pu être plus nombreuses encore (quatre 4e places par exemple !) et également douze finalistes dont 3 relais sur 4 (et le 4x100 Femmes 9ème à 1/100 !) ainsi que de nombreux demi-finalistes (ou présents au second tour)

Et concernant la délégation en général, les hommes et les femmes la composant ?
Nous avons eu une délégation sereine, concentrée vers l'objectif et solidaire de la réussite de tous, chacun bien dans ses missions et fonctions.
Nous appréhendions bien sûr un peu cette première grande compétition Mondiale également en cette  première année du mandat, tant en raison du retard dans la préparation de certains de nos athlètes que parce qu'on se savait un petit peu « attendus ».
Aussi au final cela a été une pleine satisfaction pour le collectif d'avoir su préparer et gérer cela avec un esprit conquérant… dans le prolongement de la magnifique 3ème place acquise de haute lutte lors Championnats d'Europe par équipes en Juin à Lille.

Quel a été pour toi le meilleur moment de ces championnats ? La victoire de Pierre Ambroise Bosse peut être ?
Je ne saurais dire tellement il y en a eu chaque jour. Mais effectivement ce mardi 8 août a été d'une rare émotion avec l'ouverture du compteur de médailles, après des premiers jours moins favorables : donc oui la victoire magistrale de PAB et la belle 3ème place arrachée de Renaud Lavillenie auront été un moment privilégié.
Puis ensuite vinrent bien sûr les autres médailles également (Mélina Robert Michon, Kevin Mayer et Yohan Diniz) ainsi que chaque athlète entrant en 1/2 finale, en finale, accédant au podium, ou encore se livrant totalement pour passer un tour. Tout cela nous aura apporté son lot de réjouissance et de satisfaction.

A l'inverse quel aura été le moins bon moment pour toi ?
Pas de mauvais moments en particulier. Une chance.
Même lors de la mise en quarantaine de certains athlètes dont un de la délégation française qui présentait quelques symptômes de troubles gastriques.
Mais de gros stress ou de moments d'angoisses oui, comme avec le concours de Perche de Renaud Lavillenie ou encore celui de Kevin Mayer.
Mais quel bonheur et explosion de joie après ces barres franchies !
Quelques moments de frustration aussi bien sûr pour les quatre 4ème places de Darien Garfield, Mahiedine Mekhissi, Quentin Bigot et le 4*400 féminin, ou encore les 9 ème places du 4x100 Féminin et de Christophe Lemaitre, la chute de Yoann Kowal qui aurait pu jouer un réel rôle en finale, ou encore la 13ème place de notre discobole Lolassonn Djouhan... Mais tout cela laisse plein d'espoirs pour les futurs grands championnats !

Dans le même ordre d'idée, l'oubli de son passeport par Pierre Ambroise Bosse ? Gros stress aussi pour le chef de délégation ?
Non pas spécialement. Ces sujets sont récurrents en équipe de France (oubli, perte) et les bons comportements de gestion en urgence ou d'anticipation parmi les membres de l'encadrement pallient à ces soucis, le plus souvent expérience aidant.

Toujours en ta qualité de chef de délégation, la gestion du staff a-t-elle pu être difficile parfois ?
Il n'y a pas eu lieu à gestion du staff et cela doit être ainsi.

Ah bon, pourquoi ?
La satisfaction a été que tout le monde se soit donné comme il le fallait dans le travail qui était le sien et dans des fonctions parfaitement maîtrisées.
Chacun a été indispensable à la réussite collective de ces championnats.
DTN, DTN Adjoint, staff référents de spécialités, staff Entraîneurs, staff Médical. On pourrait, devrait tous les citer mais en particulier Geraldine Zimmerman (Vie de l'Equipe de France), Medhi Baala (Directeur Performance), Jean Sébastien Ménigoz (Manager logistique), Cécile Veyrier (Coordination Coachs Perso), Adian Verdugo (Attaché de Presse), Souad Rochdi (Directrice Com' et Marketing) auront fait un travail remarquable au détriment de leur nombre d'heures de sommeil.
De la même manière, les élus du Comité Directeur FFA, Anne Tournier Lasserve (2ème Chef de Délégation), Jean Thomas Trésorier, Jean Yves Le Priellec Délégué Technique et moi même aurons eu le bonheur d'être pleinement dans notre rôle et de le tenir au sein de cette délégation.

Quelle est la mission et action d'un chef de délégation dans ces conditions ?
Multiple mais en premier lieu, avoir toutes les infos, savoir tout ce qui se passe, tout ce qui est mis en oeuvre au quotidien par les personnes en charge, ainsi qu'être disponible, savoir être à l'écoute, encourager, réconforter, et conseiller, sans empiéter sur d'autres prérogatives. C'est aussi rappeler ou attirer l'attention sur certaines informations, c'est le quotidien d'un chef de délégation. Dans cette logique de disponibilité totale avoir deux chefs de délégation qui se complètent est aussi un atout indéniable pour ce type de grand championnat, car sa principale fonction est bien sûr de pouvoir faire face si besoin à tout dysfonctionnement éventuel.
Enfin le protocolaire est aussi une préoccupation constante du chef de délégation. Il est le représentant de la FFA et de son Président auprès des autres chefs de délégations, des instances du Comité Olympique et de l'IAAF, mais aussi auprès des partenaires FFA présents et si besoin des services locaux (Police-Staff de l'Hotel de résidence comme cette année), et ce, à tout moment.

Quelques réceptions aussi ?
Oui des réceptions diverses comme celles avec le grand patron d'Asics cette année (voir photo) font parties aussi des obligations de présence ou de participation du chef de délégation. Au final c'est près de 18h sur 24,  tournées vers l'objectif du bien vivre au quotidien de l'Equipe de France pour chacun et la réussite sportive visée. Pas trop le temps de faire du tourisme...

Tu évoques dans cette structure, l'apport de Mehdi Baala. Quelle a été donc sa fonction exacte lors de ces championnats ?
Il coordonne et agit en faveur de tout ce qui va permettre et faciliter la performance. Son expérience du  très haut niveau lui sert et sert l'Equipe de France. Son travail de fond et de proximité est d'une réelle efficacité, avec le recul, la mesure et justesse nécessaires pour cette mission car c'est une position transversale pour interagir au mieux avec les athlètes et leurs staffs (l'exemple d'un PAB serein pour sa finale en est quelque part un témoignage).

Mais encore, au delà de ça ? Concrètement ?
Concrètement il est à la convergence des infos de chacun pour optimiser ce qui peut ou doit l'être. Il travaille aussi à la préparation et à la logistique des stages de l'Equipe de France en amont et bien sûr en coordination/délégation pour la DTN et avec le souci budgétaire qui convient...
Aussi plus précisément pour ces championnats, il aura constitué un maillon indispensable à la réussite de l'Equipe de France. Enfin, pour préciser les choses, ses missions ne datent pas que de cette année car cela fait maintenant 3-4 ans qu'il est dans ces fonctions transversales de la direction de la performance.

Et maintenant Berlin 2018 ? Quelles perspectives s'offrent à l'équipe de France après ces bons mondiaux ? Avez vous fait un bilan organisationnel de ces mondiaux londoniens par ailleurs ?
Berlin 2018 oui mais aussi Birmingham cet hiver (pour n'évoquer que la piste!)
Il n'y a pas eu de bilan organisationnel à chaud, car il sera fait par la DTN et pour le bureau fédéral début septembre.
Pour avoir été de bien d'autres campagnes anté 2009, j'aurai pour ma part constaté lors de ces mondiaux un encore plus grand professionnalisme de l'ensemble des acteurs de l'encadrement de l'Equipe de France et une belle sérénité malgré les enjeux et la pression que cela suppose.
C'est de ce côté que nous devons accentuer l'effort pour mettre les athlètes dans les meilleures conditions sociales, matérielles et psychologiques possibles tout au long de leur "carrière" et dans l'antichambre d'accès au Haut Niveau.
Le professionnalisme s'inscrit aussi dans cette facette de l'accompagnement à la Haute Performance.

 

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Bonjour Damien, on a vu deux chinois en finale masculine à Londres cette année. Quel bilan personnel dresses-tu de cette compétition?

Bonjour Ivan, c’est un bon bilan niveau chiffre. Première fois pour la chine qu’il y avait 3 hommes et 3 femmes de qualifiés pour un championnat du monde (seuls les USA et la Chine l'ont fait cette année). Nous avons deux hommes en finale dont un qui fait 4eme et qui a pu goûter au plaisir de se battre pour une médaille. Je suis donc satisfait de ce bilan.

Mon gros regret cependant est que la fédération n’a pu envoyer que ces deux garçons à Londres, car en septembre se tiendront les jeux chinois pour lesquels les provinces n’ont pas voulu libérer les autres sauteurs pour Londres.

C'est a dire que les provinces privilégient ces jeux nationaux à la participation de leurs meilleurs athlètes aux championnats du monde?

Oui, les jeux chinois sont une compétition interne à la chine qui se passe tous les quatre ans. C’est la plus importante compétition pour les chinois et tout particulièrement pour les provinces. Les provinces étant les employeurs des athlètes, elles peuvent ainsi décider de ne pas laisser les athlètes participer à des compétitions de l’équipe nationale. Au final, nous avons raté une occasion d’aguerrir de nouveaux perchistes.

Très bien, et plus généralement quels ont été les autres points forts de cette saison pour toi ?

Cette année, j’ai pu travailler sur un groupe qui va pouvoir se construire sur la durée. En effet, juste après Rio, j’ai demandé a la fédération de ne plus avoir Changrui à temps plein dans le groupe. Il avait beaucoup trop de difficultés à vivre loin de sa famille, et nous avons mis en place une autre organisation pour lui permettre de mieux s’équilibrer (cela a marché vu qu’il finit 4eme a Londres avec un nouveau record de Chine à 5m82).

De cette réorganisation, j'ai ainsi pu construire le groupe autour de HUANG Bokai, qui est un très bon leader et montre la voie aux jeunes. Malheureusement il s’est fait une fracture de fatigue au pied et n’a pas pu montrer tout son potentiel, mais je pense que le travail de cette année va mettre une ou deux saisons à réellement porter ses fruits.

Ta collaboration avec les Chinois se prolonge donc la saison prochaine ? Auras tu des objectifs précis sans mondiaux estivaux l'année prochaine ?

Oui, elle se prolonge, j’ai signé un nouveau contrat pour la prochaine olympiade, donc en théorie je serai « chinois » encore pour trois ans. Pour l’année prochaine nous n’aurons « que » les jeux d’Asie, donc cela sera une année parfaite pour continuer à renforcer le groupe avec des jeunes et préparer ainsi au mieux les deux années suivantes qui nous amèneront directement sur Tokyo 2020.

Tu travailles maintenant depuis quatre saisons avec les meilleurs perchistes chinois . As tu évolué dans ton approche et organisation d'entraînement sur cette période ?

Depuis janvier 2014, j’ai beaucoup appris dans la gestion des spécificités chinoises. C’est une autre culture, une autre approche de l’entraînement et des relations humaines. J’ai mis deux ans pour vraiment comprendre leurs méthodes et leurs points faibles et j'ai effectivement pu adapter mon entraînement en fonction de ceux-ci.

Par exemple ?

Par exemple tous les athlètes chinois ont eu par le passé ou ont maintenant des problèmes de pied. Ce constat fait, j’ai dû beaucoup remanier mes exercices et mes plans d’entraînement en fonction de cette fragilité. De même, du fait qu’ils n’avaient pas de fessier et de contrôle de leur bassin, j’ai dû modifier la quasi-totalité des exercices que je proposais en musculation et orienter cela sur des exercices de puissance et de développement de l’activation des muscles autour du bassin.

J'ai aussi commencé une collaboration avec Yann Remondin sur la préparation physique et les prévention des blessures, il fait un travail fantastique et cela me permet aussi de prendre du recul et de lâcher aussi le groupe à une personne de confiance. Yann étant un ancien étudiant de Clermont Ferrand qui dès la fin de ses études a travaillé avec de nombreux perchistes et sprinters de Clermont, il baigne ainsi dans la culture perche et comprend totalement mes attentes en matière de préparation physique.

Tu évoques Clermont Ferrand. Entraînes tu ou conseilles-tu encore d'autres perchistes français ou étrangers?

J’ai beaucoup de contacts à travers le monde, beaucoup d’athlètes et de coachs me contactent pour un avis ou pour plus. J’ai eu tout l’hiver dernier un couple de portugais et les deux meilleurs espagnoles du moment qui sont venus s’intégrer au groupe. Mais en revanche je n'ai plus de français même si j’espère pouvoir encore aider des jeunes à Clermont.

En ta qualité d'entraîneur qu'observes-tu de notable dans la perche mondiale en général actuellement?

Au niveau mondial, chez les hommes je vois éclore une nouvelle génération qui devrait faire monter le niveau d’ici peu. Mondo Duplantis en est le parfait représentant. Il va leur falloir deux saisons mais cela devrait redonner un gros coup de fouet à la perche mondiale. Chez les filles la saison n’a pas été très intéressante, il manque une ou deux filles qui enflamment les concours.

Hormis Renaud, peu de concurrents internationaux ont semblé s'inscrire a plus haut niveau dans la durée ces dernières années? Reverra t'on Braz selon toi ? Kendricks est il le nouveau boss des prochaines années ? Qui vois-tu arriver rapidement à plus haut niveau dans la jeune génération?

Nous reverrons Braz, il faut lui laisser le temps de gérer la médaille, il vit sur deux continents, cela n’aide pas à gérer le sportif quand on est devenu un héros. De plus il y a eu beaucoup de problèmes dans son environnement proche, ce qui a du le chambouler. Il est doué et très jeune, il faut lui laisser le temps.

Kendricks est un sacré bonhomme, il est complètement atypique dans son mode de vie et dans son saut. c’est un mec adorable et super fair-play, je pense qu’il sait comment faire évoluer son saut et il progresse régulièrement tous les ans, aussi il n’y a pas de raisons pour que cela s’arrête pour lui.

Enfin dans les gars qui vont éclore il y a en tout premier Mondo (Duplantis) qui est plein de talents, il a sauté 5m90 cette saison à 17 ans et devrait continuer sa progression et faire beaucoup de mal les prochaines années.

Et côté français, même question . Axel Chapelle , Kevin Menaldo ou d'autres peuvent-ils prendre le relais de Renaud a terme a haut niveau mondial selon toi ?

Personne ne peut prendre le relais de Renaud. Et surtout personne ne doit chercher à le faire. Renaud a un palmarès monstrueux et il faut que les autres français arrivent à se créer leur propre histoire. Mais très probablement, la génération post-Renaud aura beaucoup de mal à exister, comme cela fut le cas après Jean Galfione. Pour le moment les médias et donc le public ne veulent que du Renaud... les lendemains de fêtes risquent d’être difficiles. Les gars ont du talent, mais ils risquent d’avoir du mal à exister et à être reconnus à leur juste valeur.

Côté féminin , c'est un peu en retrait depuis quelques saisons ? Tu vois des explications à cela ? Simple question de génération selon toi ou un vrai sujet féminin ?

L’explication chez les filles vient en mon sens de la retraite de nombreuses patronnes  qui ont dominé la discipline pendant quinze ans. Les petites jeunes doivent maintenant trouver leurs places et s’aguerrir. De plus la maturité chez les filles en saut à la perche arrive tard, les filles ont besoin d’une période pour se poser et finir leurs études. Donc les filles prometteuses que l’on a pu détecter il y a quatre ans vont arriver a maturité pour la prochaine olympiade.

Enfin, bien qu'en partie expatrié te réjouis tu de voir les JO très probablement se tenir a Paris en 2024 ?

C’est très bien pour les sports olympiques et pour l’esprit national, c’est une très belle fête et le projet à l’air viable à long terme. J’espère que cela aidera la France à se professionnaliser, et à changer profondément. D’un point de vue sportif il faut très rapidement donner les moyens au terrain pour former la génération de sportifs qui pourra rendre la fête encore plus belle.

Mais pour le moment je regarde cela de très loin, mon métier fait que je ne sais pas pour qui je travaillerai dans quatre ans.

 

 

Benjamin Malaty, Yohan Durand .. une même passion du marathon

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Bonjour Benjamin et Yohan,

Vous avez tous deux débuté sur marathon dans des conditions et avec un résultat probant analogues, merci de vous prêter à cette itw croisée sur cette « première fois », il y a quinze jours pour Yohan et en 2012 pour Benjamin.

Tout d'abord, quelle image gardez vous de ce premier marathon ?

YD : Pour ma part l'image que je garde de mon marathon c'est le sentiment du devoir accompli une fois la ligne franchie. Le moment où tu sais que tu es "marathonien". Cette sensation de lâcher prise une fois la ligne d'arrivée derrière. Ensuite si je vais chercher un autre souvenir, c'est celui du départ, les Champs Elysées complètement vide, uniquement pour nous, où l'on se dit que "la victoire" est au bout!

BM : C'était un moment fantastique. Je venais d'être champion de France de cross et j'avais préparé ce marathon de la meilleure des manières.

Je partais pour faire 2h13"40 (soit 3'10/km) et au final je réalise 2h13"15. Je me sentais à la fois spectateur et acteur de l’événement. Le départ est incroyable avec la descente des Champs, mon lièvre m'a un peu emballé en passant en 15'15 au 5km. La dernière ligne droite restera un énorme souvenir et la délivrance d'arriver au bout en réalisant une course aboutie. Je me suis dit, "tu es un marathonien".

Quel a été pour vous le km le plus agréable sur le plan des sensations ?

BM : J'ai eu des sensations incroyables pendant les premiers kilomètres. Je me souviens également d'un passage au 30ème avec la foule qui m'encourageait. Je me sentais bien, mais le plus dur commençait aussi …

YD : Pour moi les 30 premiers kilomètres se sont très bien passés. J'avais ce sentiment de facilité et de relâchement. Ce sentiment est indispensable pour réaliser une performance sur marathon. Être en "dedans" toute la première partie. Le dernier kilomètre est peut être le plus jouissif.

Et le moins facile ?

YD : Le 36eme avec un passage sur les pavés dans le bois de Boulogne. J'ai commencé à "piocher" au alentour du 34-35eme. Il est difficile de pouvoir relancer à cet endroit. Le public est moins nombreux, les jambes sont lourdes.. Et pourtant il ne reste que 6 kilomètres !

BM : De mon côté tout allait bien jusqu'au 32ème, j'étais encore en 3'05-06 et tout d'un coup 3'10 puis 3'15 et là tu comprends que le marathon commence ici.

Après la cote au 35ème, j'ai senti que ça tirait terrible, les derniers kilomètres étaient un vrai combat. Cependant, je remontais les coureurs un à un et ça me motivait. Vers le 37ème, il y avait un fort vent et là ce fut vraiment dur, tout comme à 2km de l'arrivée, vous n'attendez que la dernière ligne droite.

En terme de préparation, estimez vous avoir chacun préparer un marathon parmi d'autres ou plus précisément était-ce plutôt pour vous la prépa d'un premier marathon ?

YD : Je pense que c'était plus la préparation d'un premier marathon.

Avec cette inconnue qu'il y a au bout. Même si l'articulation d'une préparation se ressemble, elle varie quand même en fonction de la saison à laquelle on prépare son marathon, du parcours aussi, de ses blessures, ou du nombre de marathons déjà courus. Je pense que ma préparation ne sera pas la même quand j'aurais déjà une dizaine de marathons à mon actif.

BM : J'ai préparé UN marathon avant tout … J'avais peu d'expérience sur la route et je voulais optimiser mon résultat. J'ai pris des risques et ça a payé. J'avais bien préparé ce rendez-vous et je voulais devenir un marathonien.

Le fait que ce soit Paris a t'il influencé aussi cette préparation dans votre tête ? Avec son exposition médiatique notamment…

BM : Nous venons de la piste et du cross où il n'y a pas le même engouement. Alors je me foutais royalement de l'exposition médiatique sur le moment. Je me préparais pour une nouvelle expérience sans connaître l'impact et la médiatisation d'un tel événement.

Je sais depuis que ma performance m'a permis une exposition et de nouveaux partenaires (ce qui m'a permis de continuer ma passion), mais surtout des nouveaux challenges que je voulais réaliser (Championnats du Monde et Championnat d'Europe) et une perspective pour les JO.

Après j’ai voulu faire Paris, car c'était un grand marathon et dans une ville magnifique. Et pour un 1er marathon, globalement je pense que c'est l'idéal.

YD : Moi j'ai choisi Paris car c'était le plus simple au niveau de la logistique et de l'environnement. Après le parcours n’est pas réputé idéal, mais pour un premier je ne visais pas forcément un chrono stratosphérique. De plus nous étions une dizaine de Français de niveau quasiment similaire, ça aide. Avec un lièvre mis en place par la fédération. Mais c’est vrai que celà permet aussi d'avoir une visibilité médiatique non négligeable.

En ayant assisté au résultat de chacun, que vous êtes vous dit alors ?

BM : J'étais très content pour Yohan. Nous sommes potes depuis cadet-junior et je sais à quel point il a galéré depuis 2 ans avec les blessures.

C'est un athlète doué. Je le pensais capable de faire 2h12 dès son premier. Il a couru seul le 2ème semi et a géré le 1er. Il a une belle marge de progression.

YD : Benjamin m'avait impressionné sur son premier marathon car les conditions étaient difficiles. Il a ensuite prouvé avec son chrono de 2h12 que ce n’était pas le fruit du hasard mais d'une préparation très bien menée. Il a un peu brisé une barrière psychologique car beaucoup de Français s'étaient cassé les dents sur Marathon. Sa performance m'a aidé en tout cas à sauter le pas et à monter sur la distance.

 benM yohanD 

Benjamin et Yohan cet hiver pour un footing commun à Bordeaux (source facebook) 

L'un et l'autre avez les même entraineurs depuis des années. Quelle a été leur part d'influence dans cette aventure du marathon ?

YD : Pour ma part c'est une décision que nous avons prise en commun avec mon coach (Pierre Messaoud). Sur un plan personnel, j'étais déçu de la piste. Et je voulais me lancer un nouveau défi. J'avais besoin de ça pour relancer ma carrière. Amener mon corps sur des zones de travail inconnues, repousser les limites physiologiques.. Mon entraîneur était d'accord avec moi, et il était aussi excité par ce nouveau challenge.

BM : Forcément, le coach (Messaoud Settati) est un grand artisan de cette réussite. Pour moi il a su parfaitement gérer ma transition sur le marathon avec un plan cohérent. C'est un entraîneur qui sent les choses.

Après un été 2011 très décevant, j'évoquais la possibilité d'arrêter de courir. On a pensé à la même idée au même moment pour se relancer sur une nouvelle expérience, celle où j'exploiterais le plus mes qualités de fondeur avec ma foulée économique. Le marathon s'est présenté naturellement. On se comprend sans se parler et on a une relation fusionnelle même si on est à distance. Il me connaît depuis 20 années.

Pour un résultat semblable sur un premier marathon, lequel de vous deux aurait la plus grande marge de progression ?

YD : En réalisant 2h12 à Paris, Benjamin à montré qu'il pouvait courir en 2h10 sur un marathon plus rapide. Moi je n'en suis qu'à mon premier. C'est simplement très encourageant pour la suite.

BM : Sans hésiter, Yohan. Il a de meilleures références sur la piste et possède un gros foncier. Ne pas oublier qu'il a fait aussi 3'36 au 1500 et 13'17 sur 5000m.

Votre regard sur les coureurs de tête, quasiment tous éthiopiens ou kenyans désormais ? Un léger complexe à vous envisager un peu en retrait de ces coureurs ou bien envie de les accrocher un jour?

BM : Cela ne change pas depuis des années donc on s'y habitue. On est fataliste en quelque sorte. Pour ma part, je cours avant tout pour moi et dépasser mes limites que je connais. Je suis un passionné de course à pied et j'adore me préparer pour atteindre mes objectifs.

YD : Pour ma part je ne regarde que très peu les performances des étrangers. Elles sont d'un autre monde et elles ne m'intéressent pas forcément. Il y a tellement de coureurs capable de courir en moins de 2h08 qu'il est devenu difficile de s'identifier à quelqu'un (comme avec Haile ou Tergat dans le passé). J'essaye davantage de me concentrer sur moi-même, de voir comment je peux m'améliorer, qu'est ce que je peux faire de plus pour abaisser mon chrono.

Et à quand un marathon ensemble au départ alors ?

YD : A Rio en 2016 ça serait magique ! Mais pour cela il faut encore travailler et progresser.

BM : Le plus tôt possible j’espère. Et oui pourquoi pas à Rio !!

Yohan Durand à l'aventure du marathon

Date de publication
Écrit par Ivan Moreau   
Catégorie : Interviews
Note utilisateur:  / 1
ITW de Yohan Durand à quelques jours du marathon de Paris dont il prendra le départ pour une grande première sur la distance ...
  
Bonjour Yohan, on s'était quitté sur une précédente  itw où tu évoquais ton envie de passer sur marathon en 2016 . Tu seras au départ de l'édition 2015 du marathon de Paris. Un pari de Nouvel an perdu avec un ami ou une réelle tentative sérieuse des cette année ?
 
 
Oui c'est vrai que j'avais encore il y a peu, envie de rester sur la piste et le cross au moins jusqu'en 2016: un gout d'inachevé sur 5000 avec mon record en 2012 mais ma non qualification aux JO de Londres..le souhait aussi de ne pas monter trop vite en distance non plus .Mais j'ai eu depuis de nombreuses difficultés à enchaîner mes objectifs sur piste et en cross sans blessures ni contre-temps et de fil en aiguille le marathon m'est apparu comme un projet intéressant des cette saison
 
 
N'est ce pas non plus l'appat du plan marathon mis en place par la fédération qui a été déterminant ?
 
 
Oui peut être un peu mais non en réalité car cela est venu se positionner plus naturellement dans mon actualité sportive avec ces difficultés et problèmes récurrents aux tendons notamment. Là j'ai par exemple enchainé deux mois complets d'une préparation marathon plus douce que ce que je faisais avant et je suis nickel au niveau blessure ou désagrément physique . Ca compte et c'est agréable dans la pratique du haut niveau qui est déjà assez exigeante comme cela 
 
 
 
En cela tu ne t'es donc pas vu monter sur le 10000 mètres et ses 25 tours de piste auparavant ?
 
 
 
Non . Le marathon s'est imposé à moi comme projet motivant et je sais aussi que de toute façon une prépa marathon reste très intéressante pour revenir sur les distances inférieures comme le 10000 mètres. Donc je ne me ferme aucune porte pour la suite .
 
 
Pour être plus clair  tu arrives donc sur la distance avec de grosses ambitions ou seulement l'envie de te tester à maintenant à 29 ans? 
 
 
J'ai de l'ambition pour ce premier test et j'y vais en tout cas en quête de performance. Ma préparation finale que j'ai quasiment fait en intégralité à Gujan Mestras depuis deux mois me laisse sur de bonnes sensations. J'ai accumulé des kilomètres et pu travailler les bonnes séances de capacité ou spécifique marathon puisque c'est le tarif quand on s'engage sur cette distance. Apres ce sera une première tentative ... 
 
 
Tu évoques ces seances spé marathon. A combien de km es tu monté au plus haut sur ta plus longue seance ? Cela a t'il été difficile de t'adapter à ce regime "quantitatif" ?
 
 
Je suis monté une fois à 38 km . Ca s'est très bien passé dans le prolongement de deux autres grandes sorties longues que j'avais positionnées en amont . La difficulté ne s'est pas trop fait sentir dans la mesure où j'y étais sans doute préparé par des préparations antérieures sur semi marathon (sélectionné en 2010 aux championnats du monde de semi-marathon) et le choix de m'entrainer a Gujan pendant cette période a été un bon choix je crois aussi... 
 
 
 
C'est a dire ? Tu n'es pas monté en altitude donc .. tout en te délocalisant de tes bases à Bergerac ... Pourquoi ce choix de ne pas partir en stage au bout du monde ? Tu t'inspires de ton compère et voisin Benjamin Malaty fervent défenseur d'une préparation at home ? 
 
 
Oui peut être un peu . Tout comme Benjamin je vais souvent au Portugal où les conditions sont souvent tres bonnes , mais cette fois ci j'ai eu envie d'essayer Gujan . Pour la première raison, à savoir ne pas partir trop loin et devoir gérer des adaptations pas toujours simples .. et aussi car je ne pouvais pas rester a Bergerac où le relief est un peu trop marqué pour travailler dans le regime "soft" d'une préparation marathon et de ses longues fractions . Ici a Gujan on trouve de nombreuses pistes cyclables, pour un entrainement de qualité sur macadam et en même temps un cadre nature et des sols souples pour les kilometres de récupération et d'assimilation . On verra si ce choix sera bon mais j'ai en tout cas pu travailler idéalement ici. 
 
 
Tu n'es donc pas suivi de trop près par ton entraineur Pierre Messaoud qui entraine lui à Bergerac ? Ce n'est pas un inconvénient pour toi ?
 
pierre messaoud yohan durand
 
Avec Pierre on fonctionne très bien, il me connaît , depuis longtemps,  et sait entrainer ..et pas que moi . Notre relation est établie sur la confiance et le dialogue. Apres il est vrai aussi qu'une présence physique et un œil sur son évolution dans un cycle important comme celui ci reste indispensable et le choix de Gujan c'était aussi la possibilité de revenir quelquefois a Bergerac pour quelques séances où je me soumettais à son regard et ses retours sur ce qu'il y voyait . C'est un mode qui me convient en tout cas et je ne le considère surtout pas comme un handicap. 
 
 
On t'attend donc a Paris parmi les premiers français . Tu as des objectifs précis en temps ? Des minimas à réaliser pour une sélection aux JO de Rio peut être ?
 
 
Non ces minimas ne sont pas encore connus malheureusement . De fait comme c'est une première fois je vais y aller sans annonce particulière de chronos à réaliser. Je sais que le marathon est une course à part et j'espère y trouver les mêmes bonnes sensations qu'a l'entrainement. J'ai pu réaliser aussi un semi marathon probant début mars à Paris aussi avec un chrono intéressant de 1h03'46'' dans ce cycle lourd de préparation pourtant.
Apres beaucoup de choses peuvent se passer sur cette distance , avec des meneurs d'allure  pas toujours adaptés aux meilleurs Français (2 lièvres sont ici prévus pour les Français).., des conditions météos parfois capricieuses comme le vent ou le climat changeant en avril  et toute sorte d'imprévues que je connais pas encore . C'est un peu l'aventure en quelque sorte!