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Le 17 novembre prochain, la Fédération Française d’Athlétisme élit son nouveau président. Rencontre avec Daniel Arcuset, candidat au comité directeur et à la présidence de la FFA.

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Bonjour et merci de répondre à cette invitation d’ ITW . Vous êtes candidat à la présidence de la FFA , peu connu du grand public mais bien ancré dans la vie de la FFA depuis vos débuts dans l’athlétisme, pouvez-vous nous préciser votre parcours en quelques mots ?  

En quelques mots ? Difficile, mais pour l'essentiel et répondre au mieux à cette question, je suis licencié FFA depuis 1964. Pratiquant jusqu'en 1980. Dirigeant, entraineur, officiel dans plusieurs clubs dont celui de l'ENGA Blaye en Gironde de 1973 à 1984 , un des tout premiers clubs à sections locales . Je suis actuellement au C.A. Portets également en Gironde.
Par ailleurs j’ai occupé le poste de président de C.S.O. pour la ligue Aquitaine et Comité de Gironde (1980 /1984), ainsi que pour la Ligue Pays de la Loire (1984 /1988)
Président également de la Ligue des Pays de la Loire de 1988 à 1991, puis de la Ligue d' Aquitaine de 1992 à 2004
J’ai également été secrétaire Général Adjoint du C.R.O.S. des Pays de la Loire 1988 à 1991, puis élu au bureau C.R.O.S. d'Aquitaine de 1993 à 1997 avant d’en être vice président de 1997 à 2009 et en charge du haut niveau.
Enfin pour mon implication au sein de la FFA j’ai siégé au Comité Directeur de la FFA de 1987 au 23/01/2009, vice président de la CSO FFA ( groupe sportif 1983/1989) puis Vice Président FFA de 1993 au 23/01/ 2009 avec les prérogatives suivantes :
Membre commission mixte L.N.A/F.F.A. de 2006 à 2009; Président de la Commission Nationale des Clubs 2002 au 23.01.2009;Chargé de la labellisation (1998/2009) et de la certification des clubs; Groupe de travail Classement des clubs et athlètes (2006/23.01.2009)
Voilà en quelques mots mon parcours.

Un parcours de dirigeant plus que consistant effectivement.
Vous avez fait porter à la connaissance de beaucoup votre manifeste «Mobilisons nous» pour une nouvelle gouvernance.
Qu’en est il plus précisément de cette «nouvelle gouvernance» appelée de vos vœux?

Il s’agit d'abord d’un constat.
Nombre de décisions fédérales suscitent aujourd’hui des réserves, voire des rejets à différents niveaux quant aux processus qui ont conduit à celles-ci. De nombreux incidents ont émaillé en particulier les AG FFA au cours de ce mandat dont récemment en avril 2012. Beaucoup d’énergie et de bonnes volontés peuvent se perdre en ces circonstances sans compter les réelles frustrations que cela occasionne.
Besoin d'une nouvelle Gouvernance?
Oui et à cela plusieurs autres raisons.
Relativement récente, voulue et accompagnée par la FFA à la fin des années 1990, on retrouve bien sûr la diversification des pratiques de notre Athlétisme avec des préoccupations et des logiques propres (compétition, découverte... Santé/loisir, et récemment la Marche Nordique, Athlé Entreprise).
Les publics de ces pratiques diffèrent en effet fortement et attendent des moyens et des compétences spécifiques.
On rencontre également une complexité induite, accrue et forte au sein de notre organisation associative, essentiellement bénévole à tous les niveaux (Clubs, Comités, Ligues) et par ailleurs l'impact du Projet Fédéral et des décisions qui en découlent est également plus important qu’auparavant.

Doit on comprendre que cette gouvernance devrait donc davantage tenir compte de l’hétérogénéité des pratiques sportives possibles à la FFA ?

Ce sont là effectivement autant de nouveautés pour le mode habituel de Gouvernance où l’organisation de la FFA consistait à décider d'une politique sportive générale «suffisante pour tous» allant de l’entrainement et de la compétition chez les plus jeunes, avec une évolution implicite vers la performance, jusqu'à l’accès en compétitions internationales des tout meilleurs.
Il "suffisait" alors de mettre en oeuvre cette logique à tous les étages, ceux-ci se retrouvant tous alors dans cette volonté commune.
Inutile de s’étonner a contrario qu'un mode de gouvernance essentiellement descendant parce qu’insuffisamment consultatif, délibératif et surtout participatif, s'avère maintenant inadapté.
De plus d’une manière générale l’accès à l’information étant désormais facilitée par les nombreux médias dont internet, il apparait essentiel de permettre une plus grande consultation des pratiquants, des clubs, des Comités Départementaux et des Ligues pour garantir une meilleure cohésion de la Famille «Athlétisme» devenue si diverse.
Le projet de Politique Fédérale et même Sportive ne doit plus se concevoir sans l'implication, dans son élaboration, de tous les acteurs qui auront à le mettre en œuvre…
Ce qui est totalement à l'opposé d’une logique de projet seulement présenté, éventuellement débattu, mais voté rapidement au cours d'une seule AG, ceci ayant, de fait, une incidence sur le mode de fonctionnement du Comité Directeur FFA lui-même ...

Vous évoquez donc ces différents « concepts » de découverte, loisir et compétition déclinés sur le contenu des différentes licences proposées par la FFA.
Ce sujet qui a fait couler un peu d’encre depuis deux ans, est il pour vous un exemple de ce qu’une nouvelle gouvernance aurait pu apporter de meilleur ?

Oui il l’est dans la mesure où l’unification progressive du tarif de ces licences s’est faite en juin 2010, après une première décision du Comité Directeur FFA, en Avril, visant ainsi une forte augmentation des tarifs (25%!) pour augmenter les fonds propres de la FFA, et en refusant par ailleurs un vote pourtant sollicité à l'Assemblée Générale d'avril 2010.
C’était pourtant typiquement, au fond, une décision politique du ressort de l' AG et pour laquelle son approbation aurait dû être soumise à vote, et ce même si les statuts précisent que les tarifs de licences sont du ressort du CD FFA.
J’en parle d’autant plus facilement que j’avais œuvré, sur le projet initial de l’intérêt de tarifs différenciés lors de la création des nouvelles licences, pour permettre ainsi le développement de ces nouvelles pratiques.

Justement n’est ce pas non plus sans vote que ces tarifs avaient été actés ?

De 1996 à 2002 j’animais le groupe de travail « étude et réflexion » qui s’était attelé à ce sujet ainsi que sur l'autonomie des Ligues et Comités à décider de leur quote-part.
Sans vote de l'AG ? Oui ! Mais sans polémique non plus !
Car il s’agissait de nouvelles licences pour lesquels le tarif a été déterminé sur trois critères: le niveau de prestation offerte directement par la FFA, les nouveaux publics concernés et la volonté de promouvoir des activités et des pratiques nouvelles. La mise en œuvre de ces nouveaux tarifs était tout au bénéfice financier des clubs mais aussi des Ligues et Comités Départementaux puisque ceux-ci avaient vu d’une part le coût de la licence compétition préservé et d’autre part la possibilité d’enclencher leur développement avec leur quote-part sur ces autres types de licence, avec des tarifs FFA moins élevés.
Il n'y avait pas eu de hausse brutale du coût moyen du tarif FFA d'une licence ... bien au contraire...
C'est a dire une autre approche que l’option prise en 2010 de baser la hausse des tarifs sur la nécessité d'augmenter les fonds propres de la FFA, ce qui a mis en difficultés bien des clubs...

Parmi ces licences, pour passer un peu plus au terrain, pas de licence entraîneur. Est-ce bien normal ?

Pas d’à priori sur la question. Le corps des entraîneurs est reconnu par des diplômes fédéraux Une licence « encadrement » vise aujourd’hui à permettre une reconnaissance de l’encadrement en général (entraîneurs, dirigeants, officiels) d’un club et ce sans distinction. Sur le principe, compte tenu de l’importance du rôle moteur des entraîneurs, cette proposition est tout à fait audible. Tout comme celle de dirigeants ou d'officiels.
Nombre de personnes « cumulant » les 3 diplômes, la distinction obligerait celles-ci à faire un choix (et sauf à prévoir des mentions spécifiques sur la licence encadrement)

Oui c’est juste. Ces dirigeants « polyvalents » pour beaucoup, sont quant à eux désormais invités à se former de plus en plus. Bénévoles pour leur club mais aussi actifs professionnellement par ailleurs…
Votre sentiment à cet égard ?

Les dirigeants sont très divers. Certains gèrent de petites structures, d’autres des clubs dépassant les 1000 adhérents et avec des choix de développement hétérogènes.
Bien évidemment leur travail et leur implication à tous, sont énormes, d’autant qu’ils sont aussi présents sur le terrain avec des doubles voire triple-casquettes d’entraîneur et d’officiel pour certains.
Leur demander plus encore avec un investissement en formation diplômante peut faire débat selon la nécessité ressentie.
Ce qui importe c’est avant tout leurs compétences de dirigeants.
L’obtention de diplômes pour le diplôme n’est pas l’objectif mais d'abord une reconnaissance. Un cursus 1er, 2e voire 3e degré peut s’avérer être un « plus » utile de reconnaissance pour ceux dont les clubs le justifient au regard des responsabilités à assumer ! A chacun d’évaluer aussi ses besoins m’a-t’il toujours semblé à travers mes propres expériences de dirigeants de club et de président de Ligue.
Mais pour permettre aux dirigeants une autoévaluation de leurs besoins, il faut informer... puis former...

Evoquons également l’avenir de l’athlétisme français avec ses « jeunes ». Aujourd’hui certains entraîneurs évoquent des difficultés à fidéliser, d’autres à amener les jeunes vers la compétition. Où se situe la priorité selon vous entre fidéliser le plus grand nombre et amener certains vers la compétition voire l’excellence un peu plus tard ?

La Fidélisation des jeunes est difficile pour les raisons que l'on connait. C’est un fait. Rencontré dans toutes les fédérations avec des catégories d'âge plus sensibles que d’autres.
Cette fidélisation n’en reste pas moins meilleure qu’auparavant sur les catégories benjamins et minimes par exemple. Notamment si l’on constate que ce sont désormais des enfants présents dans l’athlétisme depuis les catégories EA/PO et pour lesquels si lassitude il y avait, celle ci serait plus manifeste encore.
C’est le reflet certain du bon travail fait au niveau des clubs.

Mais pour répondre à votre question, c’est davantage la baisse relative de l’intérêt pour la compétition qui m’interpelle.
En ce sens il est évident que des efforts doivent être menés et pas seulement sur une population d’excellence comme j’ai pu l’entendre déjà au plus haut niveau fédéral.
Il faut une large base et une grande élite, ne serait ce que par l'apport de cette base dans les clubs en terme de lien associatif, de richesse humaine pour tous, et y compris pour les tout meilleurs qui donnent l'émulation et en reçoivent la reconnaissance.
Il convient également d’être prudent sur les meilleurs jeunes dont les facteurs de précocité dans la performance peuvent s’avérer illusions.
S'il y a détection qui est aussi un facteur de fidélisation, il faut un accompagnement scolaire et familial, un suivi de grande proximité. Il ne faut en tout cas pas opposer pratique compétitive de masse et pratique de haute performance. Les deux doivent être l'objet différencié de l'attention de la Politique Fédérale

Haute Performance.
Voilà qui nous amène au haut niveau, vitrine de l’athlétisme français. Votre regard sur les 4 dernières années écoulées ? Bilan positif  selon vous ?

Un bilan est toujours difficile à réaliser car fonction de nombreux critères si on veut être objectif. Le titre olympique de Renaud Lavillenie m’a bien sûr enthousiasmé ; c’est un plus significatif par rapport aux Jeux Olympiques précédents mais cela ne suffit pas pour dire que les jeux furent une grande réussite au regard de ce qui avait été tant annoncé.
Le nombre et les performances des finalistes furent également satisfaisants mais moins sur le nombre d’athlètes n’accédant pas en ½ finales (les 16 premiers pour faire simple) (1).
Les très bons résultats en championnats d’Europe en 2010 sont à souligner mais avec un « bémol » en 2012. Ils témoignent d'un potentiel plus élevé, ainsi que d’une génération d’athlètes particulièrement talentueux mais pas encore bien traduite en termes de résultats.
Certains résultats, de plus, ne sont pas à mettre au bénéfice du système fédéral, d’autres ont pu montrer que mettre des athlètes dans les meilleures conditions possibles ne leur épargnait pas non plus blessures et performances moins bonnes. Reste à analyser tout cela.
Mon attention se porte aussi sur les plus jeunes avec des signes pas nécessairement rassurants comme le 2ème plus faible nombre de finalistes tous temps cet été aux championnats du monde junior (mais 4 médailles...) ou encore des championnats d’Europe espoir 2011(2) plus faible résultats tous temps (médailles et finalistes) de la compétition.
Le bilan est néanmoins globalement très favorable sur les quatre ans mais la réussite du Projet Fédéral ne peut pas se limiter au nombre de médailles et de finalistes ou, par ailleurs à l'augmentation brute du nombre de licenciés.

Pour finir, car votre temps vous est certainement compté ... A Culture athle , le demi-fond occupe une place privilégiée. C’était la semaine dernière la semaine du cross. Actualité oblige novembre ne sera pas que le mois des élections pour les passionnés d’athlétisme (!)
Que penser vous aujourd’hui de la place accordée au cross à l’école et dans les clubs d’athlétisme ?

Cette semaine du cross montre qu’il existe toujours un intérêt pour cette discipline en milieu scolaire. Elle s’appuie sur l’excellent travail mené par de nombreux enseignants que j’ai pu accompagner lors de mon parcours professionnel de Principal de collège.
Il serait souhaitable d’évaluer le bénéfice réel occasionné par cette semaine du cross pour les clubs, pour les A.S. des établissements scolaires. Je ne crois pas par exemple avoir vu de retour d'analyse des retombées éventuelles liées à cette action, simplement reconduite désormais chaque année, alors que bien évidemment le cross est une discipline de l’athlétisme à part entière qui mérite d'être revitalisée de manière observable.
A ce titre dans le cadre d’une gouvernance différente, une évaluation partagée d’un état des lieux de ce type, avec une juste prise en compte des expériences et difficultés locales m’apparait incontournable. Elle impliquerait bien sûr les clubs mais aussi les comités et les ligues avec des orientations ensuite appropriées aux besoins exprimés. Mais c’est encore un peu tôt pour l’envisager plus concrètement … jusqu’au 17 novembre du moins. 

Merci à vous pour cette dernière réponse. Nous suivrons bien sûr cette élection avec attention.

(1) ndlr: Les 16 premiers (aux bilans de l’année) servant la plupart du temps de référence pour la détermination des minimas qualificatifs aux grand championnats.

(2) ndlr : Championnats européens seulement pour la catégorie espoir : pas de championnats du monde pour cette catégorie.

Damien Inocencio: "ma place est au saut à la perche"

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Écrit par Ivan Moreau   
Catégorie : Interviews
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Damien Inocencio au Stadium Jean Pellez d'Aubière

Trois semaines après l’annonce surprise de Renaud Lavillenie de continuer sans lui, Damien Inocencio a bien voulu répondre aux questions de Culture-Athle. Entretien.

Bonjour, comment allez vous ?
Avez vous repris l'entrainement avec votre groupe malgré l'annonce du départ de Renaud Lavillenie (1) ?

Bonjour, oui j’ai bien sûr repris l’entrainement avec le groupe.
Les athlètes avaient réattaqué l'entrainement le 15 août et dès le 26 août j’ai moi aussi repris le chemin du stade après un petit break post-olympique.
Apres la décision de Renaud j’ai préféré couper quelques jours pour éviter les tensions au stade et pour me poser sur l’intérêt ou pas de continuer à m’investir pour la réussite des autres.

Renaud Lavillenie vous a donc quitté, "sans préavis". Votre sentiment  technique d'entraineur aujourd'hui sur ce choix de sa part ?

L’athlète et l’entraîneur sont libres de leur choix. Je lui souhaite tout d'abord de réussir, Renaud dit avoir besoin de changement. Je le conçois.
Après au cas particulier j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi il est resté à Clermont pour s’entraîner au même endroit, avec les mêmes camarades d’entraînement et quasiment les mêmes méthodes.
Ceci "techniquement parlant", pour répondre a votre question …

Il semble en effet parti sans aller bien loin.
Pensez-vous avec un peu de recul que votre conception de l'entrainement puisse aussi être pour quelque chose dans cette issue ?

Je pense que le problème se situe au niveau de l' « humain ».
Apres, je suis un éducateur dans l’âme, j’anime énormément les séances et tous les ans je laisse la chance à des perchistes de niveau inferieur d’intégrer le groupe.
La dimension humaine de la pratique de l'entrainement est très présente dans ma conception de l’athlétisme.
Renaud a une vision moins « sociale » de la pratique.
Aujourd'hui en tout cas.
De plus à un certain niveau de pratique il faut laisser énormément l’athlète s’exprimer et le mettre en confiance.
Pour faire simple sur l’exemple de Renaud j'avais placé des objectifs chaque année de la manière suivante :
2009 était l’année de la découverte et de la recherche de son style.
2010 était une année de stabilisation des progrès.
2011 je voulais relancer l’évolution pour pousser plus loin ses progrès.
Et 2012 était à nouveau une année de stabilisation pour être le plus régulier possible pour les JO.
Renaud a ainsi beaucoup évolué entre le moment où il est arrivé à Clermont et sa médaille Olympique.

Merci pour ces explications.
J'ai cru comprendre que votre situation personnelle était du coup devenue compliquée professionnellement ?

Je suis en effet agent d’accueil du conseil général du Puy-de-dôme mais, depuis 2010, mis à disposition de la fédération pour entraîner au Pôle France.
Avec ce détachement ma mission première était de faire gagner Renaud.
On y est pas trop mal arrivé. (2)
Mais cette mise à disposition s’arrête au 31 décembre, ce que nous devions renégocier avec le conseil général deux jours après l'annonce de son départ par Renaud.
Donc cela a effectivement quelque peu changé la donne.
Pour l'heure la fédération et le conseil général ont l’air d’être motivés pour continuer à m’aider à faire ce pour quoi je suis le plus efficace.
J’espère une proposition concrète.
Dans la négative, je repartirai au conseil général pour un emploi à plein temps et j’arrêterai vraisemblablement l’athlétisme dans ce contexte. S'investir de la sorte nécessite d’être absent les soirs, les week-end et d'utiliser encore mes congés pour l’athlétisme. J'ai maintenant deux enfants : ça implique une certaine réflexion.

Et avez-vous par ailleurs des objectifs professionnels personnels à moyens termes dans ou hors athlétisme ?

J’aimerai bien sûr continuer à entraîner et transmettre ma passion avec une situation professionnelle en phase.
Pour cela il faut que je puisse aussi me former pour passer des concours : actuellement BE2, j’aimerai devenir conseiller technique ou conseiller territorial, ce qui me permettrait de continuer à m’engager dans le haut-niveau sans avoir à m’inquiéter de mon avenir après chaque saison.
Si je ne trouve pas une solution en France, Je chercherai peut être plus activement une solution à l’étranger pour découvrir aussi une autre façon de pratiquer l'entrainement.

Vous avez donc d'autres perspectives possibles dans l'entraînement. Des contacts possibles à l'étranger ?

Oui, si je dois partir à l’étranger j’ai des contacts un peu partout dans le monde.
Depuis quelques années je collabore en tant que formateur pour l’IAAF à Dakar pour le développement de la perche. J’interviens aussi dans des colloques internationaux comme le colloque IFAC de Glasgow très prochainement.
J’ai ainsi un bon réseau d’amis entraîneurs à travers le monde en ayant également accueilli des stages internationaux sur Clermont Ferrand avec des participants venus de différents pays.
Des possibilités donc mais partir à l'étranger n’est pas mon souhait premier.

Maurice Houvion a connu la consécration en tant qu'entraîneur par un record du monde (Philippe Houvion 5,77m en 1980) et par un titre olympique. Connu ainsi par sa longue collaboration avec Jean Galfione, prédécesseur de Renaud au palmarès olympique, pensez vous que cette époque est désormais révolue et qu'un entraineur de haut niveau doit s'inscrire désormais dans une logique à court voire moyen terme, mais pas davantage ?

Non je ne pense pas qu'il faille généraliser.
C'est plus une histoire de relations humaines : il y a des athlètes qui sont plus stables que d’autres.
Je pense que cette époque n’est pas révolue et que l’on peut encore rencontrer des athlètes de haut niveau attachés à leurs entraîneurs.
A l’époque de Jean et de Maurice il y avait aussi des athlètes zappeurs.

Oui , une période que vous avez connu en tant que très bon perchiste (3).
Avec une culture athlétique assez étendue, seriez vous intéressé pour entrainer un groupe haut-niveau pluridisciplinaire ?

Je serai vraisemblablement capable d’entrainer à un niveau national dans tous les sauts. Au-delà de cette famille athlétique, moins je pense.
Mais ma place est au saut à la perche.
Dans les autres disciplines je pense ne pas être suffisamment pointu et sur ce sujet il me semble que dans l’athlé il faut faire ce que l’on sait faire et laisser aux spécialistes le soin de gérer leurs spécialités.
Ceci dit j’aime partager avec les autres entraîneurs d’autres disciplines pour apprendre sur leurs méthodes et ainsi continuer à progresser.
Dans cet esprit je collabore ainsi beaucoup avec Olivier Vallayes pour le travail de course.

Une dernière question d'actualité. Vous deviez entrainer cette année la jeune perchiste suédoise Angelica Bengtsson, la championne du monde junior. Ou en êtes-vous dans ce projet ?

Angelica va venir intégrer le groupe d’entraînement à partir de fin novembre. C’est une jeune fille simple et dynamique mais je dois organiser un certain nombre de choses pour qu’elle puisse rapidement être à l’aise.
Elle est jeune et ne maîtrise pas très bien notre langue donc il faut lui faciliter le plus possible son quotidien.
Cela va de lui trouver un appartement jusqu’à gérer le transport des perches en prévision de la saison complète par exemple.
Je commence à être habitué à gérer ce type de problématique puisque tous les ans j’accueille dans le groupe de jeunes talents, et j’espère en tout cas pouvoir mener ce projet avec Angelica.

Merci beaucoup pour ces réponses
En vous souhaitant le meilleur pour la suite.


(1)   Fin septembre
(2)   Palmares de Renaud Lavillenie sur la période :
2010 Champion d’Europe à Barcelone
2011 Champion d’Europe en salle et record de France 6m03 à Bercy
        3eme aux mondiaux de Daegu
2012 Champion du monde en salle à Istanbul
         Champion d’Europe à Helsinki
         Champion Olympique à Londres
(3)5m42 en 2001

Benjamin Bellamy premier de cordée

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Écrit par Ivan Moreau   
Catégorie : Interviews
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Premiere sélection en équipe de France de course de montagne, 20e et premier français lors des derniers championnats du monde en Italie à Ponté di Legno le 2 septembre dernier, Benjamin Bellamy (dossard 111) a ponctué de belle manière sa saison 2012. Rencontre avec ce néo "montagnard". 

benjamin B

Bonjour Benjamin. Première sélection en equipe de France de montagne, 1er français à l’arrivée. Peux tu te présenter davantage aux lecteurs de Culture Athle : ton parcours athlétique, tes débuts notamment ?

J'ai débuté l'athlétisme à l'âge de 7 ans dans la foulée d'un père coureur ( ainsi que grand-père) au club de l'Entente Athlétique du Pays de Foix auquel je suis très attaché et toujours fidèle plus de 20 ans plus tard!

J'ai très rapidement eu une préférence pour les courses d'endurance et de pleine nature avec une affection plus particulière pour le cross-country.

Arrivé en cadet lors de mon premier championnat de France de cross-country à Carhaix (et peut-être un de mes meilleurs souvenirs) je termine 7ème n'étant que cadet première année et ayant terminé 7ème aux inters cela fut une énorme surprise pour moi et un plaisir mémorable. J'ai par la suite été vice-champion de France cadet à Grande-Synthe et obtenu une sélection pour les championnats d'Europe junior de cross-country en 2003 à Edimbourg où j'ai terminé 35ème et 3ème français.

Entre temps je n'ai pas pu atteindre mon objectif de mondial junior de cross-country et n'ai pas eu de résultats à la hauteur de mes espérances sur la piste non plus.

Quelles ont été ensuite en seniors tes meilleures performances ?

Arrivé espoir et donc senior par la force des choses j'ai eu le plaisir de voir augmenter le kilométrage en cross et me suis dirigé vers le 3000m steeple qui m'a permis de prendre plus de plaisir sur la piste et de remporter une médaille de bronze en espoir et au France de National (N2).

J'ai également participé aux championnats de France Elite sur le steeple en 2007 (6ème) et en 2008 (8ème) avant de porter mon record à 8'43"07 en 2009.

Ma compétition préférée reste toutefois le championnat de France de cross dont je n'ai raté qu'une édition depuis 2000 la faute à une opération de l'appendicite. Et cette année j’y ai fait mon meilleur résultat sur le cross long avec une 37e place très satisfaisante.

Un beau parcours déjà pour ceux qui ne connaissent pas les athletes « cross-piste » de niveau national. Qu’en est-il de ton investissement pour la montagne maintenant ?

C’est quelque chose que tu avais prévu de longue date ?

Oui et non en fait.

Suite à mes saisons sur steeple, un phénomène de lassitude s'est un peu fait ressentir et l'enchainement de blessures (tendon d'Achille) liées à la pratique de la piste, m'ont donné envie d'explorer d'autres horizons.

Depuis mon enfance et les courses où j'accompagnais mon père, j'avais envie de pratiquer ces courses en nature et plus particulièrement en montagne. C'est un environnement que j'apprécie particulièrement en raison du calme qui y règne, la beauté et variété des paysages ainsi que les rencontres fortuites avec les animaux.

Apres, depuis quelques années, l'été, je participais à une course en montagne au Pays Basque: la course de la Rhune et j'ai ainsi pu me faire une idée de la discipline, très belle mais très exigeante.

Exigeante et peut être encore plus surprenante au début quand on y vient avec de bonnes références pedestres non ?

Oui pas évident du tout au départ. L’an dernier par exemple après un début de saison difficile avec des chronos décevants sur piste, je me suis décidé après les France N2 à participer aux championnats de France de courses en montagne à Tardets. En assez bonne condition physique donc, je termine à cette occasion 24ème après 7 chutes dans la course dues à un parcours rendu extrêmement glissant par des pluies diluviennes.

Celà ne m'a pas découragé et 15 jours plus tard je gagnais enfin cette fameuse course de la Rhune avec un chrono intéressant, me confirmant ainsi que c'était une discipline dans laquelle je pouvais espérer combiner plaisir et bons résultats malgré mon expérience difficile à Tardets.

Qu’a tu découvert depuis par rapport à la piste, par ta pratique plus importante cette année des courses de montagne ?

Une petite anecdote toute bête, lors du championnat de France suite à une chute dans la boue sur une pente très raide, je n'arrivais pas à me relever, mes pieds patinant dans la boue et un concurrent m'a aidé alors que nous étions aux alentours de la 12ème place. C'est un petit geste mais cela reflète pour moi un bon état d'esprit qui m'a été confirmé depuis par des courses et après-courses fort sympathiques !

D'un point de vue plus athlétique, j'ai eu plus de mal à m'adapter aux descentes et même si j'ai depuis progressé dans cet exercice, il me faudra continuer à le travailler dans l'avenir. Lors des premières courses en descente, l'effort excentrique peut entrainer également des courbatures très importantes au niveau des cuisses si l'on n'y est pas préparé et je peux vous dire que dans ce cas là on maudit tous les escaliers que l'on croise les jours suivants la course!

Et la montée, pas trop difficile en comparaison ou peut on dire qu’il y a aussi un « style montagnard » à acquérir pour arriver à bon port au sommet ?

Concernant la montée, c'est un effort assez particulier où la plus faible vitesse de progression permet de pouvoir ressentir au maximum l'effort. Il n'est pas facile de trouver son équilibre et la bascule dans le rouge peut être très rapide et dans ce cas là on reste planté dans la pente et l'on peut perdre énormément de temps.

Il y a donc tout un travail d'adaptation de la foulée à faire, trouver le bon compromis fréquence/amplitude ainsi qu’un travail d'alternance marche/course pour les pentes les plus raides (30% environ) mais également une adaptation au manque d'oxygène pour les courses en altitude.

De bonnes réflexions techniques pour qui voudrait venir à la course de montagne. Te concernant quelles sont désormais tes ambitions après cette première expérience de saison estivale consacrée à la montagne ? T’améliorer encore, revenir à la piste ou t’engager encore vers d’autres expériences type trail ?

Cette année le bilan est pour moi très positif car les résultats ont dépassé mes espérances. Je compte cependant continuer les cross pendant la saison hivernale car j'adore ça (surtout dans la boue!) et l'été poursuivre sur le format course en montagne.

Après autour de ces saisons et surtout si j'ai la chance de ne pas être blessé, pourquoi ne pas inclure quelques courses un peu plus longues pour commencer à m'adapter aux plus longues distances car il y a certaines courses que j'aimerais vraiment découvrir dans le futur (Sierre-Zinal, Marathon de montagne de Zegama, Marathon du Montcalm chez moi en Ariège ...) mais bon chaque chose en son temps.

Et qu’en est il de ta situation professionnelle ? Tu es kiné de formation, exerces tu à temps plein ou as-tu coupé la poire en deux entre ton sport et ton métier comme on le voit parfois chez certains athlètes?

En dehors de la course je suis Masseur-Kinésithérapeute salarié au CREPS de Toulouse et je m'occupe donc de sportifs en pôle France ou Espoir, avec des disciplines, des âges et des niveaux assez variés. Je travaille 38h30 par semaine avec 2 matinées de libre. Mes horaires (sortie du travail à 19h45) ne me permettent pas de m'entrainer en groupe et je dois donc le plus souvent m'entrainer seul entre 12 et 14h ou les matins où je ne travaille pas

Cela me fait donc des journées assez chargées et parfois la fatigue se fait ressentir, c'est pourquoi j'essaie d'adapter mon entrainement à la forme du jour.

Mais ce travail me plait beaucoup et j'apprécie particulièrement le fait de pouvoir travailler en équipe (médecin, infirmière, kiné, ostéo, podologue, dietéticienne, psychologue...).

Bien entouré professionnellement mais un peu esseulé donc au niveau sportif, ce n’était peut être pas évident pour découvrir sérieusement ainsi une nouvelle discipline ?

Oui mais j’arrive parfois à retrouver un ami pour les footings longs du mercredi matin et le week-end j'ai pu partager cette année une partie de mes sorties montagne avec Pierre-Laurent Viguier spécialiste également de la montagne.

C'était vraiment un plus car nous avons ainsi pu beaucoup échanger sur la discipline et nous avons passé de bons moments ensemble.

Pour le plaisir de la formulation, tu as pris avec la montagne un peu de hauteur sur ta pratique de demi-fondeur classique cross-piste. Quel regard portes tu sur le 1/2 fond français que tu as côtoyé de très près à un certain niveau sur steeple ?

Depuis petit, j’ai toujours suivi et admiré les performances des meilleurs demi-fondeurs français.

Puis effectivement j’ai eu la chance et le plaisir d’en côtoyer certains et de mieux connaître ce milieu.

Je reste très admiratif de ce qu'ils font car c'est un niveau d'exigence incroyable et cela demande un investissement énorme. J'ai moi même essayé d'y parvenir sans succès, mais je ne le regrette pas du tout, je n'en avais sûrement pas le niveau et je suis très heureux dans ma vie actuelle tout en continuant à pratiquer ma passion avec plaisir. C’est le plus important pour moi. Apres c’est un milieu qui ne fait pas de cadeaux et la concurrence est énorme, sans parler de la concurrence « déloyale ».

J'ai également eu la chance d'aller au Kenya ainsi qu'en Ethiopie en tant que kiné accompagnant et je peux vous dire que le nombre de coureurs qui ne font que ça et rêvent de s'en sortir par la course y est hallucinant ! Ce sont des voyages qui marquent et font forcément relativiser pas mal de choses.  

Maintenant mes foulées m’amènent vers de nouveaux horizons mais je continue à suivre attentivement leurs résultats et reste très admiratif de ce qu’ils font tant le niveau d’exigence et d’investissement est important.

Parmi ces athlètes que tu connais bien, s’agit il du groupe d’entrainement qui a sévi par sa bonne humeur du côte de Font Romeu il y a quelques années ?  

Oui tout a fait.

J’ai de super souvenirs de stages où nous partions tous dans un même appart’ à Font-Romeu avec Sophie Duarte, Yoann Kowal, Yohan Durand, Benjamin Malaty pour les plus connus mais également avec d’autres amis coureurs tout aussi sympathiques et avec lesquels j’ai partagé des moments de vie mémorables. D’ailleurs déjà à ce moment là c’était dans les côtes que je m’en sortais le mieux !

Ce temps est un peu révolu pour moi. Je travaillais alors en libéral ce qui me permettait de me libérer plus facilement qu’actuellement mais nous sommes restés assez proches et leur réussite actuelle me fait vraiment plaisir.

J’ai aussi côtoyé sur la fin de leur carrière Laetitia Valdonado et Nicolas Aissat ce qui m’a permis de prendre conscience que la course même pour ces grands athlètes n’était pas tout et que l’extra-sportif était aussi très important.

Et bien merci Benjamin pour ces paroles rafraichissantes !

 

Fiche FFA de Benjamin Bellamy

Montée du Phare d’Eckmuhl : pour coureurs à pieds, mais pas seulement !

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Écrit par Ivan Moreau   
Catégorie : Interviews
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6e édition de ce rendez vous du mois d’aout dans le Finistère sud, organisé par le club du CA Bigouden avec cette année encore un beau succès populaire puisque les 144 places réservées ont été pourvues sans encombre.

eckmuhl

Au rayon des nouveautés de cette  édition, un lauréat surprise en la personne de Quentin Thomas, escrimeur de 20 ans venu se frotter aux déjà habitués de cette épreuve.

Lauréat surprise donc et nouveau recordman de cette montée de phare dans un temps voisin de 52’’ soit 4 secondes de moins que le précédent record stabilisé depuis 3 éditions pourtant. 

 

Rencontre avec Quentin Thomas et Corentin Peoch organisateur de l’épreuve et figure de l’athlétisme finistérien des trente dernières années.

Bonjour Corentin, quel bilan coté organisateur pour cette 6e édition ?  

Un excellent bilan puisque tout ou presque a déjà été dit sur cette belle édition qui nous encourage encore davantage à continuer l’aventure l’année prochaine. Nous avons eu la confirmation que cette épreuve était somme toute particulière dans le monde de la course hors stade au point d’avoir un vainqueur 100 % étranger au peloton des coureurs finistériens que nous connaissons bien par ailleurs* (* le CAB est aussi l’organisateur de la classique course sur route automnale « La Torche- Pont l’abbé » devenue "La Bigoudenne" cette année). Je peux déjà annoncer que pour répondre à ce succès nous allons avancer l’heure de début de l’épreuve pour en permettre une fin moins tardive et la possibilité d’avoir 12 participants supplémentaires. 

Oui, un format d’épreuve atypique et des conditions également particulières qui nécessitent une organisation bien huilée comme j’ai pu le constater sur place. Pourquoi ces départs échelonnés de 12 coureurs seulement ? 

Monter en haut du phare est une chose. En redescendre en est une autre et nous avons du mettre en place un système permettant le meilleur enchainement et des conditions sympathiques pour tous les participants lorsqu’ils arrivent en haut de leur ascension. Aussi 12 est le bon nombre de personnes possibles en haut du phare avant de faire redescendre tout le monde pour la série suivante. En espaçant chacun des participants toutes les minutes au départ, on arrive au final à gérer une série en 20 minutes. L’occasion pour moi de remercier la mairie de Penmarc’h qui nous réserve le phare tout ce dimanche d’août en le fermant à la visite habituelle des touristes. 

Touristes qui chaussent parfois leurs baskets pour participer à l’épreuve n’est ce pas ? Quelle est la répartition des concurrents sur cette course ? 

Nous avons majoritairement des coureurs hors stade bien sûr mais également des sportifs du cru qui viennent s’essayer à la montée du phare. Des participants venant d’autres régions également puisque notre précédent recordman de l’épreuve est nantais.

Petit regret cependant de voir notre épreuve peu tenter les bons coureurs sur route finistérien même s’il est vrai que le format explosif de la montée peut faire peur. La performance de Quentin Thomas, quimpérois, est en tout cas un joli défi aux meilleurs coureurs locaux. 

Qu’en est il donc de cette surprenante victoire ? Quentin a-t-il bluffé son monde et que penser de son profil de vainqueur ? 

Comme il l’a lui-même expliqué après sa course c’est sur ses qualités d’escrimeur qu’il s’est exprimé. Apres pour l’avoir eu en contact lors de son inscription et comme pour d’autres inscrits sans références lorsque je prépare les groupes de coureurs par niveau, il s’en est allé réaliser un 400 m sur mes conseils et le petit 61’’ qu’il a réalisé montre que pour quelqu’un qui ne travaille pas du tout sa technique de course il a certainement de la qualité physique. L’enseignement plus général c’est que la montée du phare nécessite aussi pas mal de coordination et comme nous avons pu voir sur le film de l’ensemble des concurrents, qu’il avait gravi les marches 3 par 3 contre 2 par 2 pour beaucoup d’autres il semble avoir eu un avantage en puissance sur ses concurrents. Je serai curieux de voir à l’œuvre quelques triple-sauteurs de bon niveau à l’avenir. Peut être seraient ils très performants eux aussi. 

Ce qui ne manquerait pas d’intérêt d’autant que l’athlétisme et plus particulièrement les concours pâtissent un peu de leur manque de visibilité hors stade. Quelques triathlètes pourraient peut être également venir se frotter au meilleurs non ? 

Oui en fait nous sommes vraiment une épreuve ouverte à tous les profils de sportifs et c’est en tout cas intéressant d’avoir monté cette course pour laquelle au départ nous nous demandions si elle aurait déjà le succès actuel en termes de participants présents. Pour un club organisateur comme le notre, désireux de financer ainsi nos sections sportives dans leurs déplacements en compétition, c’est aussi une belle occasion de faire parler de l’athlétisme plus largement. 

C’est en tout cas un beau challenge relevé par le CA Bigouden et un exemple d’organisation atypique qui méritait bien ce petit coup de projecteur ... Pour un phare c’est presque un pléonasme.

 

Quentin Thomas le vainqueur a bien voulu revenir lui aussi sur son expérience .

 

Ni athlète, ni coureur, l’escrime étant assez éloignée de l’athlétisme quelle a été ta préparation pour cette course et l’as-tu seulement préparée ?  

Oui je l’ai préparé un peu, sur la base de ce que je fais en préparation foncière pour l’escrime : courses courtes en fractionné et travail dynamique dans les gradins. Apres j’étais venu reconnaitre un peu la configuration du phare en le visitant et j’avais voulu mesurer la hauteur des marches pour m’en faire une idée. Seul hic elles ne sont pas de la même hauteur... 

Pas un handicap au final au vu de l’écart mis avec le précédent record qui n’est certes pas un record du monde du 100 mètres mais qui était détenu par un athlète consistant. Pourquoi cette différence de 4 secondes selon toi ?  

Je pensais avoir une bonne condition physique. Souvent en stage d’escrime je le constatais et l’idée de me tester sur la montée du phare a fait son chemin sans que je puisse dire que j’ai préparé cette épreuve très spécifiquement. Maintenant l’escrime nécessite de bons appuis et de la résistance physique d’autant que mon arme est le sabre , discipline la plus puissante des trois (épée, fleuret, sabre) mais peut être est ce le caractère asymétrique de l’escrime qui m’a aussi permis d’être performant  sur cette montée en rotation. 

Avec en plus ces marches inégales peu propices aux athlètes aux longues foulées rectilignes c’est peut être l’explication technique qui prévaut. Tu remettras ton titre en jeu l’année prochaine ? 

Oui sans doute. C’était sympa comme expérience et j’ai bien aimé et pourquoi ne pas essayer de faire un petit peu mieux l’année prochaine. 

Tu n’as pas envie de tester l’athlétisme et la course d’ici là ?

J’aime tous les sports. Mais actuellement c’est un peu plus compliqué depuis 3 ans car je fais des études de médecine (en 3e année ndlr) alors j’ai beaucoup de temps à consacrer à ces études et ma pratique sportive n’est plus « de compétition ». 

Pour te situer sportivement, quel a été ton meilleur niveau d’escrimeur jusqu’ici ?

Niveau « participation aux championnats de France ». Mais pas davantage avec un entrainement hebdomadaire de deux-trois séances c’est difficilement envisageable d’ambitionner plus, les meilleurs s’entrainant beaucoup plus. Mais ayant commencé l’escrime à l’âge de 6 ans ça reste mon sport numéro 1.

 

Pour plus d'infos (photos, videos) sur cette course, le site internet du ca bigouden : http://cabigouden.free.fr/index.php?page=82

 

 

 

 

David Grard : rencontre avec un entraineur formateur

Date de publication
Écrit par Ivan Moreau   
Catégorie : Interviews
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Valentine Huzé, sélectionnée aux championnats du monde junior de Barcelone sur 400m haies et licenciée au SPN Vernon, est entrainée par David Grard depuis 2006.
Nouvelle rencontre pour Culture Athlé avec un entraineur d'athlète en devenir.

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Bonjour David, tu entraines Valentine au club de Vernon depuis 2006 je crois. Quel est ton parcours d’entraineur jusqu’ici ? Et pourquoi le 400 m haies ?

J’entraine au club de Vernon depuis 1994.
D’abord en école d’athlétisme en parallèle de ma pratique de ½ fondeur , puis en demi-fond toujours en pratiquant également avant de me voir proposer un emploi par le club pour gérer l’administratif et la coordination du club tout en entrainant des athlètes de niveaux différents.
Mon évolution est ainsi parallèle à celle du club de Vernon qui a accédé l’an passé au niveau N1C aux interclubs et compte dans ses effectifs des athlètes de qualités pour la plupart formés au club, Mamoudou – Elimane Hanne, arrivé cette saison ou Antoine Nabialek arrivé la saison dernière étant les exceptions qui confirment la règle.
Dans cette logique je suis surtout un entraineur polyvalent dans le domaine des courses et la rencontre avec Valentine, dont les qualités pour aller vers cette épreuve m’ont paru évidentes, m’a naturellement amené à progresser dans l’approche du 400 m haies sans délaisser pour autant les autres distances.

Tu évoques ton parcours avec le club de Vernon et ton emploi dans ce club. C’est en prolongement d’études STAPS que tu as pu envisager cette possibilité ?

Non pas du tout. J’ai en réalité une formation en lettres modernes et je ne me projetais pas au départ vers une activité professionnelle en rapport avec le sport. C’est dans le cadre de mon service militaire civil que l’opportunité de servir mon club s’est présentée avec la participation de la municipalité de Vernon.
Même si mon statut me permet d’en vivre c’est avant tout le gout d’entrainer qui me conduit aujourd’hui à passer beaucoup de temps sur les stades en étant conscient de la chance de pouvoir allier passion et activité professionnelle, si accaparante puisse – t’elle être parfois. 

Tu te considèrerais donc plutôt comme un entraineur de club qu’un entraineur d’athlète … ?

Oui en grande partie, mais en réalité je ne m’identifie pas ainsi mais davantage dans ce que Jacques Piasenta décrivait à travers les concepts d’entraineur repreneur (ceux qui entrainent des athlètes confirmés venant à eux) et d’entraineur formateur qui me correspond davantage. Apres le terme d’entraineur de club ne me déplait pas non plus en ce sens que je ne conçois pas entrainer d’athlètes régulièrement s’ils ne font pas partie du club avec l’engagement que ça signifie vis-à-vis du club.

Vaste sujet, car la notion de club formateur s’oppose bien à celle de clubs plus tournés vers le haut niveau et bénéficiant des structures plus importantes en nombre et moyens que bon nombre de  «  petits » clubs formateurs.
Ton opinion en quelques mots à ce propos ?

C’est d’abord un constat qui peut être fait, effectivement et la difficulté de certains clubs à pouvoir conserver leurs talents là où ils ont les compétences pour permettre à l’athlète de continuer à progresser.
A Vernon nous progressons en ce sens en fonction des athlètes dont nous disposons. La question est aussi de savoir répondre aux besoins des athlètes, sportifs, certes, mais pas seulement. Et pour ce qui me concerne c’est aussi possible de le faire sur un club comme le notre car les athlètes bénéficient de l’avantage de la continuité du projet mené avec eux depuis leurs débuts. Ce n’est pas quelque chose de dogmatique bien sûr mais ce sont aussi des choses qui comptent pour ne pas casser la dynamique d’athlètes de bonne valeur et que la politique des pôles, par exemple, peut parfois mettre en péril. 

Dans ce rôle d’entraineur formateur de club, quelle catégorie est pour toi la plus intéressante à entrainer ?

Toutes sans hésitation. Il est évident que certaines sont parfois plus … « fatigantes » que d’autres à entrainer mais le projet éducatif doit aussi être sous-jacent quand on s’inscrit dans une démarche de formation athlétique.
C’est aussi sur ces valeurs qu’on construit un athlète au-delà de tout ce qu’on lui apprendra techniquement et qui est une base commune à quasiment tous les entraîneurs, en principe. Je pense que l’entraînement est avant tout une science humaine et que la différence se fait bien souvent sur la communication, la psychologie et d’autres aspects pouvant apparaître périphériques. 

Par rapport à cela, ton expérience avec Valentine cette année et la quête « comme les grands » de minimas à satisfaire pour être du voyage à Barcelone a-t-elle été enrichissante ou difficile pour toi ?
Ce contact avec le haut niveau t’encourage t’il à vouloir aller plus loin dans cette démarche ?

Valentine n’est pas la première athlète à avoir été internationale parmi les athlètes que j’ai pu entrainer (Tristan Druet, plusieurs sélections en jeunes et en « A » avec l’Irlande et Laure Funten 1 sélection chez les jeunes en hors – stade) mais cette année a été plus difficile me concernant pour répondre aux besoins de Valentine sur les nombreux meetings où elle a tenté ces minimas tout en conservant une présence satisfaisante auprès des autres athlètes que j’entraine.
Je n’ai d’ailleurs pas fait le voyage à Barcelone avec Valentine en juillet pour compenser cela auprès des athlètes en compétition sur la même période. Valentine s’est d’ailleurs très bien débrouillée sous la responsabilité de l’encadrement fédéral. L’essentiel pour moi était de l’avoir accompagné jusque-là, sachant que le travail était fait.
C’est bien sûr très enrichissant par ailleurs d’avoir un projet de haut niveau avec une athlète comme Valentine et l’objectif est évidemment d’aller le plus loin possible et pourquoi pas jusqu’à Rio ! 

Avec le recul sur ces douze années d’investissement, quels seraient tes souhaits pour les 10 prochaines années ?

Pas d’objectifs particuliers sur 10 ans. J’ai conscience du chemin parcouru, de ce que les choses prennent comme temps et si notre club pouvait accéder en N1B aux interclubs sur les saisons à venir ce serait déjà un premier objectif qui me satisferait.
Apres concernant les athlètes, continuer à nous développer en misant très majoritairement sur le contexte local reste mon leitmotiv et évidemment je souhaite pouvoir accompagner ceux que j’entraîne le plus haut qu’il leur sera possible d’aller.
A titre personnel continuer à m’enrichir, à comprendre et assembler mes connaissances techniques pour un coaching encore plus intuitif, est ce vers quoi j’aimerai continuer à progresser.
Continuer l’aventure en somme ! 

Concernant Valentine, avant de conclure cette ITW, quels objectifs plus précis envisagez vous ensemble à l'avenir et précisément pour l’année prochaine ?

Pour l’avenir nous souhaitons continuer à évoluer sur le schéma à 16 foulées que nous avons commencé à mettre en place cette saison.
En espérant approcher les 57’’ quand cela se sera consolidé jusqu'à la 6e haie, ce qui est théoriquement un minimum selon les grands pontes de la discipline tels Jean – Jacques Behm. Pour l'instant elle tient jusqu’à la 4ème.
Valentine, dont les progrès sont constants depuis plusieurs saisons n’a aucune raison de s’arrêter là.
Avec 3 ou 4 entraînements par semaine en junior, elle a atteint une demi-finale mondiale à Barcelone et remporté 3 titres de championne de France. Valentine a eu par ailleurs un parcours intéressant en épreuves combinées en minimes (4440 points à l’hepta) et a un véritable projet sportif avec l'obtention de son bac puisqu’elle se dirige vers le STAPS ou son statut de haut - niveau va lui dégager du temps pour l’entraînement.
N’ayant par exemple jamais touché une barre de musculation, elle a une grande marge de progression dans certains domaines comme la vitesse et la puissance.
Une participation aux championnats d’Europe espoirs sera si tout va bien le grand objectif estival.

Et bien bonne continuation pour la saison prochaine et merci encore d'avoir bien voulu répondre à ces questions.


<spanstyle="text-decoration: underline="">Compléments : La fiche FFA de Valentine Huzé:
http://bases.athle.com/asp.net/athletes.aspx?base=biographies&seq=168001