Né dans les collèges anglais au XIXe siècle, le cross-country se court sur terrain naturel, en hiver, et se gagne aussi par équipes. La discipline a ses codes, ses Mondiaux, ses Europe et ses championnats de France, et frappe depuis des années à la porte des Jeux olympiques.
Des collèges anglais aux championnats internationaux
Le cross trouve ses racines dans les jeux de piste des écoles anglaises. Le principe du « hare and hounds » (le lièvre et les chiens) : quelques coureurs, les « lièvres », partent devant en semant des bouts de papier, et la meute des « chiens » doit suivre leur trace à travers champs. D’où le nom de « harriers » (un chien de chasse au lièvre), porté par de nombreux clubs britanniques.
Le Crick Run de la Rugby School, couru pour la première fois en 1837, est généralement présenté comme le point de départ du cross de compétition. La discipline sort ensuite des écoles : le club des Thames Hare and Hounds naît en 1868 à Londres. Le premier championnat d’Angleterre, en 1876 dans la forêt d’Epping, est annulé faute de parcours correctement balisé ; celui de 1877, à Roehampton, est considéré comme la véritable première édition. Une instance spécifique, la National Cross Country Union, voit le jour en 1883.
La France suit de près. Le premier championnat de France de cross se court en 1889, au départ de Bellevue, sur les hauteurs de Meudon. Selon World Athletics, la première course internationale se tient en 1898 à Ville-d’Avray, entre Français et Anglais. Cinq ans plus tard, en 1903, l’hippodrome d’Hamilton, en Écosse, accueille le premier Cross des nations (International Cross Country Championships) : une seule course, 45 coureurs, et une victoire de l’Anglais Alf Shrubb.
Les Français s’y illustrent vite. Jean Bouin le remporte trois fois de suite, de 1911 à 1913, et Alain Mimoun fait mieux encore après-guerre avec quatre victoires. Les femmes n’y sont officiellement admises qu’en 1967, avec un succès de l’Américaine Doris Brown à Barry, au pays de Galles.
Les règles : terrain, distances et classement par équipes
Un terrain naturel
Le cross se court l’hiver, hors de la saison sur piste, sur herbe, en forêt ou sur des chemins, avec parfois quelques portions de route et des côtes. Pour les compétitions internationales, World Athletics recommande une boucle principale de 1 750 à 2 000 m. Les obstacles naturels sont les bienvenus, mais les fossés profonds, les descentes dangereuses et les sous-bois trop denses doivent être évités. La place compte donc plus que le chrono : d’un parcours à l’autre, les temps ne se comparent pas (pour lire un temps en athlétisme, la notation reste la même que sur piste).
Les distances
Les distances ont varié au fil des décennies. Aux premiers Mondiaux de 1973, les hommes couraient 12 km et les femmes 4 km. Depuis 2017, seniors hommes et femmes courent la même distance. Voici le programme des Mondiaux de Tallahassee, en janvier 2026 :
| Course | Distance |
|---|---|
| Seniors hommes | 10 km |
| Seniors femmes | 10 km |
| U20 hommes | 8 km |
| U20 femmes | 6 km |
| Relais mixte | 4 x 2 km |
Entre 1998 et 2006, les Mondiaux proposaient aussi un cross court. En France, les championnats nationaux conservent la distinction entre cross long et cross court pour l’élite, à côté des courses par catégories d’âge.
Le classement par équipes
C’est la grande originalité du cross. Chaque nation (ou chaque club, dans les compétitions nationales) aligne plusieurs coureurs, et l’on additionne les places des premiers arrivés : l’équipe qui totalise le moins de points l’emporte. Aux Mondiaux, six athlètes peuvent prendre le départ et les quatre premiers comptent. Aux championnats d’Europe, ce sont les trois premiers sur six. Chaque place gagnée par le dernier coureur classé d’une équipe pèse autant que celle du premier, et un dépassement dans le dernier tour peut faire basculer un titre.
Les Championnats du monde de cross
En 1971, l’organisation du Cross des nations est confiée à la Fédération internationale (IAAF, aujourd’hui World Athletics). Les premiers Mondiaux ont lieu le 17 mars 1973 sur l’hippodrome de Waregem, en Belgique, avec une victoire du Finlandais Pekka Päivärinta. Annuels jusqu’en 2011, ils sont depuis devenus bisannuels.
Les dernières éditions ont été marquées par l’Ougandais Jacob Kiplimo, vainqueur à Bathurst (Australie) en 2023, à Belgrade en 2024 puis à Tallahassee (États-Unis) le 10 janvier 2026, en 28'18''. Chez les femmes, la Kényane Beatrice Chebet s’est imposée en 2023 et 2024, avant que sa compatriote Agnes Ngetich ne gagne en 2026 en 31'28''. À Tallahassee, le relais mixte français (Alexis Miellet, Sarah Madeleine, Antoine Senard, Agathe Guillemot) a pris l’argent en 22'26'', trois secondes derrière l’Australie. Côté individuel, Yann Schrub a terminé 11e et Jimmy Gressier 15e.
Les Championnats d’Europe de cross
Plus jeunes, les Europe de cross sont nés le 10 décembre 1994 à Alnwick, en Angleterre. Réservés aux seniors au départ, ils ont accueilli les moins de 20 ans en 1997, les espoirs (moins de 23 ans) en 2006, puis le relais mixte en 2017. Les Français y brillent régulièrement : les espoirs hommes ont été sacrés par équipes à Budapest en 2012, une victoire racontée par ses acteurs, à laquelle prenaient part aussi Marion Joly-Testault et Clémence Tavernier. En 2023 à Bruxelles, Yann Schrub est devenu le premier Français champion d’Europe seniors, le même jour que le titre de la France en relais mixte. En décembre 2025 à Lagoa (Portugal), Jimmy Gressier a pris l’argent derrière l’Espagnol Thierry Ndikumwenayo, et l’équipe de France a récolté neuf médailles, le plus gros total des nations engagées.
L’édition 2026 est programmée le dimanche 13 décembre à Belgrade (Serbie), dans le parc de l’Amitié, qui avait déjà accueilli les Mondiaux 2024.
Les championnats de France de cross
Organisés par la Fédération française d’athlétisme, les France de cross se méritent par étapes : championnats départementaux, régionaux, puis demi-finales (les anciens interrégionaux), comme ceux du Centre-Est à Riom en 2013 ou du Sud-Est à Aramon en 2012, gagnés par Khalid Zoubaa et Christine Bardelle.
Culture Athle a suivi plusieurs éditions : La Roche-sur-Yon en 2012, où Clémence Tavernier a signé son retour, Lignières en 2013 et Le Pontet en 2014. En 2018 à Plouay, la compétition a aussi ouvert ses portes aux minimes avec une épreuve par équipes de ligue.
En mars 2026, à Carhaix, Félix Bour a conservé son titre sur le cross long et Margot Dajoux a remporté le cross long féminin. L’édition 2027 a été attribuée par la FFA à Sarrebourg (Moselle) : elle se tiendra les 27 et 28 février 2027 autour de l’étang Lévêque, pour une première dans le département.
Le cross et les Jeux olympiques
Le cross a figuré au programme olympique en 1912, 1920 et 1924, avec chaque fois une victoire finlandaise. La dernière édition, le 12 juillet 1924 à Colombes, a précipité sa disparition : par plus de 40 °C, seuls 15 des 38 partants ont franchi la ligne. Paavo Nurmi s’est imposé en 32'54''8, près d’une minute et demie devant Ville Ritola. La France a pris le bronze par équipes, avec Henri Lauvaux cinquième.
Culture Athle évoquait déjà son retour en 2014 dans « Le cross-country de retour aux Jeux olympiques ? ». En 2020, World Athletics a proposé pour Paris 2024 un relais mixte (deux hommes et deux femmes, deux boucles de 2,5 km chacun) ; il n’a pas été retenu. Sebastian Coe a ensuite plaidé pour une entrée aux Jeux d’hiver, à partir de 2030 dans les Alpes françaises.
La réponse est tombée en 2026. En mai, la présidente du CIO Kirsty Coventry a annoncé que les Jeux d’hiver 2030 se limiteraient aux sports de neige et de glace, sans disciplines venues de l’été. La commission exécutive l’a confirmé en juin : ni cross, ni trail, ni cyclo-cross en 2030. La Charte olympique impose en effet que les sports d’hiver se pratiquent sur neige ou sur glace, et les fédérations des sports d’hiver s’étaient opposées à l’ouverture. Le CIO n’a pas fermé la porte : un groupe de travail sur le programme doit réétudier la question pour les éditions suivantes, et Kirsty Coventry a cité Salt Lake City 2034 comme une piste possible.
Quelques grands noms
Le cross a révélé nombre de grands fondeurs. L’Éthiopien Kenenisa Bekele détient le palmarès le plus riche : 16 médailles d’or aux Mondiaux, dont 12 titres individuels (six en cross long, cinq en cross court, un chez les juniors en 2001). De 2002 à 2006, il a réussi cinq fois de suite le doublé court-long, avant un dernier titre à Édimbourg en 2008. Celui qui fut aussi l’adversaire de Mo Farah sur 10 000 m à Londres a pris la suite du Kényan Paul Tergat, premier homme à remporter cinq titres mondiaux consécutifs, de 1995 à 1999. Chez les femmes, la Norvégienne Grete Waitz a gagné cinq de ses sept participations, dont celle de 1980 à Paris avec 44 secondes d’avance.
Côté français, Annette Sergent reste la référence : championne du monde à Varsovie en 1987, puis à Stavanger en 1989. Avant elle, Jean Bouin et Alain Mimoun avaient fait du Cross des nations leur terrain de jeu. Yann Schrub et Jimmy Gressier ont pris le relais.
En résumé
Le cross-country est né en Angleterre il y a près de deux siècles, et son principe n’a guère changé : un parcours naturel, un classement à la place et une victoire qui se joue aussi par équipes. Prochain rendez-vous majeur : les championnats d’Europe à Belgrade, le 13 décembre 2026.